(FRA) Ikuno-ku : Au-delà du "Korea Town", une odyssée à travers les strates invisibles d'Osaka

Explorez Ikuno-ku, des tumulus du Ve siècle au berceau de Panasonic, un voyage au cœur de la résilience et de l'innovation d'Osaka.

la résilience culturelle, du marché de survie à la Mecque de la K-Pop
la résilience culturelle, du marché de survie à la Mecque de la K-Pop
Comment Ikuno est-il passé d'un port antique au centre de l'industrie de précision ?
Quelle est l'origine fascinante de la cuisine horumon et son lien avec la survie ?
Comment la culture coréenne et les traditions japonaises coexistent-elles aujourd'hui à Ikuno ?
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L'invitation à la marche

Pour le voyageur qui s'aventure à l'est de la ligne JR Loop, là où le cliquetis métallique des wagons se mêle aux effluves de charbon de bois, Osaka se fragmente souvent en clichés de néons. Pourtant, s'arrêter à Ikuno-ku, c'est accepter une invitation à remonter le temps, bien au-delà de l'effervescence moderne de son "Korea Town". Ici, le bitume n'est qu'une fine pellicule recouvrant une épopée de quinze siècles. Avant d'être le cœur battant de la communauté coréenne, Ikuno-ku était un domaine de terres amphibies et de limbes lacustres, transformé par une ingénierie impériale visionnaire. Comprendre ce quartier, c'est saisir comment l'empereur Nintoku a dompté les eaux pour fonder la plaine d'Osaka, créant un refuge pour les vagues successives de migrants et d'innovateurs. En marchant dans ses ruelles, on ne traverse pas seulement un espace géographique, mais un palimpseste où les tumulus antiques côtoient les ateliers de précision, révélant les racines profondes de ce.

Le Tertre du Conquérant : L'origine du pouvoir à Okachiyama

La verticalité d'un tertre dans une plaine alluviale n'est jamais un hasard géographique, mais une affirmation politique de domination sur l'élément liquide. Dans l'ancien Japon, les Kofun servaient de bornes de pouvoir autant que de sépultures, marquant physiquement la hiérarchie sociale dans un paysage encore indompté. À Ikuno-ku, le Kofun d'Okachiyama demeure la sentinelle silencieuse de cette époque où l'élite gravait ses ambitions dans la terre.

Érigé au Ve siècle, ce monument mesurait originellement environ 120 mètres de long, atteignant les 150 mètres si l'on inclut son fossé extérieur aujourd'hui disparu. Cette masse de terre a traversé les millénaires pour devenir, en 1614, le quartier général (honjin) de Tokugawa Ieyasu lors du siège d'Osaka. En s'installant sur ce vestige antique pour orchestrer la chute du clan Toyotomi, Ieyasu accomplissait un acte de légitimation symbolique, écrasant une strate historique par une autre pour asseoir l'hégémonie de l'ère Edo.

L'analyse "So What?" : Cette superposition de pouvoirs est indissociable des travaux hydrauliques de l'empereur Nintoku. Le site est intimement lié à l'ancien sanctuaire "Ibaraki no Kami", évoquant la digue d'Ibaraki (Manda no Tsutsumi), véritable acte de naissance de la plaine d'Osaka. La topographie actuelle, que l'on ressent en arpentant la rue Ibaraki-jinja, est le souvenir physique de ce passage d'un marécage hostile à un espace contrôlé par l'homme, où chaque ondulation du terrain raconte la naissance d'une civilisation.

vL'origine du pouvoir à Okachiyama
L'origine du pouvoir à Okachiyama

Les Murmures de Baekje : Le port des gardiens de porcs (Ikai-no-tsu)

L'identité d'une cité se forge souvent par ses points de contact avec l'altérité, et Ikuno-ku fut la première véritable porte continentale de l'archipel. Le concept de "Japonité" est ici indissociable des Toraijin (渡来人), ces peuples venus du royaume de Baekje qui apportèrent les technologies de pointe de l'époque. En observant le calme actuel du sanctuaire Miyukimori, il faut imaginer l'effervescence d'un port antique où les idées voyageaient aussi vite que les marchandises.

Le quartier portait alors le nom d'Ikai-no-tsu, "le port des éleveurs de porcs", un toponyme qui témoigne de l'introduction de nouvelles pratiques d'élevage et d'ingénierie. C'est ici, selon le Nihon Shoki, que fut construit le Obashi, considéré comme le plus ancien pont enregistré au Japon, illustrant la maîtrise technique des migrants coréens. Le sanctuaire Miyukimori Tenjingu, fondé en 406, garde la trace de l'empereur Nintoku qui venait y observer le travail de ces communautés. On y trouve une stèle dédiée à l'érudit Wang In, dont le poème célèbre encore ce lien :

"难波津に 咲くやこの花"
(Sur le port de Namba, cette fleur s'épanouit)

L'analyse "So What?" : La présence de traductions en Hangeul sur cette stèle n'est pas qu'une courtoisie moderne ; elle fait écho aux ambassades de la dynastie Joseon (Chosun Tongsinsa) qui transitaient par ici à l'époque d'Edo. Ikuno-ku n'est pas un ghetto né de la modernité, mais un carrefour de civilisations vieux de 1 500 ans, où la diplomatie et l'échange technique ont toujours primé sur l'isolement.

Les Murmures de Baekje : Le port des gardiens de porcs (Ikai-no-tsu)
Les Murmures de Baekje : Le port des gardiens de porcs (Ikai-no-tsu)

Un paysage florissant malgré l'adversité : la résilience culturelle, du marché de survie à la Mecque de la K-Pop

Au début du XXe siècle, sous l'impulsion de l'histoire coloniale, l'arrondissement d'Ikuno devint un refuge pour les immigrants coréens au Japon. Après la guerre, ces communautés, confrontées à la pénurie et à la marginalisation sociale, créèrent spontanément des marchés d'échange de biens dans les quartiers de Tsuruhashi et d'Ikuno. Cette « culture des ruelles », née de la lutte pour la survie, fait preuve d'une grande résilience face à la standardisation.

Aujourd'hui, le quartier coréen d'Ikuno s'est transformé, passant d'un espace de survie initial à un centre d'influence de la culture K-Pop moderne. En entrant dans des lieux K-Pop modernes comme le café MJKIMs, on découvre cette fascination contemporaine, illuminée par les néons, harmonieusement intégrée aux anciennes pharmacies et maisons longues. Cette coexistence de l'ancien et du nouveau n'est pas le fruit d'un calcul commercial, mais une manifestation de la vitalité de la communauté, qui se renouvelle sans cesse face à l'adversité.

la résilience culturelle, du marché de survie à la Mecque de la K-Pop
la résilience culturelle, du marché de survie à la Mecque de la K-Pop

L'Alchimie de la survie : La naissance du "Horumon" et du Korea Town

La résilience sociale d'un quartier se mesure souvent à sa capacité à transformer la nécessité en culture, un processus qui définit l'âme d'Ikuno-ku depuis la période coloniale (1910-1945). Coincée entre les traumatismes de l'histoire et la précarité économique, la communauté coréenne a dû inventer un espace de survie qui est devenu, avec le temps, le cœur vibrant de la culture [Les racines du quartier de Tsuruhashi]. Cette métamorphose est particulièrement visible dans les ruelles étroites de Tsuruhashi, où l'odeur persistante du gras grillé raconte une histoire de ténacité.

Le "Horumon", emblème culinaire local, est le produit de cette alchimie. À une époque où les abats étaient délaissés par les locaux, les résidents coréens ont su anoblir ces "rebuts" par des techniques de marinade et de grillade sophistiquées.

L'analyse "So What?" : Le débat sur l'origine du mot révèle la dualité du quartier : vient-il du grec hormone pour sa vitalité nutritive, ou du dialecte du Kansai suterumon ("ce qui est jeté") ? Cette cuisine est le symbole d'un peuple qui a su créer de la valeur là où la société ne voyait que des déchets. Aujourd'hui, l'atmosphère organique des marchés, contrastant avec les centres commerciaux aseptisés, prouve que la mémoire d'un quartier passe par les sens avant de passer par les livres.

La naissance du "Horumon" et du Korea Town
La naissance du "Horumon" et du Korea Town

L'ADN de la Précision : De la modeste maison longue au géant Panasonic

L'esprit de survie d'Ikuno-ku ne s'est pas limité aux fourneaux ; il a irrigué les fondations mêmes de la puissance industrielle japonaise à travers le concept de Monozukuri. Dans ce dédale de "Machigoba" (petits ateliers de quartier), l'innovation n'est pas née dans des laboratoires aseptisés, mais dans l'ombre des "Nagaya" (maisons longues) où la précision se mesurait à la main.

En 1917, Konosuke Matsushita fondait ce qui allait devenir Panasonic dans une modeste nagaya de ce quartier. Quelques années plus tard, en 1921, la société Koyo Seiko s'installait dans les champs de roseaux de la zone pour produire des roulements à billes de classe mondiale. Cette expertise s'est étendue à l'optique à Tajima, dont les artisans ont formé les pionniers de la lunetterie japonaise avant que l'industrie ne migre vers Sabae.

L'analyse "So What?" : Le miracle économique de l'après-guerre repose sur cette symbiose invisible entre l'ingénierie nippone et la main-d'œuvre résiliente d'Ikuno. Aujourd'hui, le projet "Monozukuri Town" (IMT) tente de préserver cet écosystème où la précision au dix-millième de millimètre continue de s'exercer au détour d'une ruelle résidentielle. Ces ateliers sont des "fossiles vivants" d'une époque où l'habitat et la production ne faisaient qu'un.

e la modeste maison longue au géant Panasonic
e la modeste maison longue au géant Panasonic

La ville comme palimpseste

Traverser Ikuno-ku aujourd'hui, c'est déchiffrer un manuscrit où chaque ère a laissé sa marque sans jamais effacer la précédente. De la gestion hydraulique antique de Nintoku aux néons K-Pop des cafés branchés, le quartier nous enseigne que la véritable identité d'une ville réside dans sa capacité à s'additionner plutôt qu'à se remplacer. Comprendre Osaka demande de regarder au-delà du tumulte de Tsuruhashi pour apercevoir les ombres des rois de Baekje et des artisans de l'ombre.

Réflexion finale : Et si les quartiers dits "immigrés" étaient, par leur besoin constant de réinvention, les véritables gardiens de l'innovation urbaine ? Ikuno-ku nous montre que c'est dans les marges et dans le mélange des strates que bat le cœur le plus résilient d'une cité.

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Carnet de Route

  • Accès : Gare de Tsuruhashi (JR Loop Line ou ligne Kintetsu). La station elle-même est une structure fascinante de strates commerciales superposées.
  • Expérience recommandée : Une marche contemplative de la rue Ibaraki-jinja (pour observer les légères pentes héritées des anciennes digues) jusqu'au sanctuaire Miyukimori, en cherchant le pont symbolique d'Obashi.
  • Sélection gastronomique :
    • Yakiniku Manno Honten : Pour l'immersion historique dans la culture de la viande qui a forgé le quartier.
    • MJKIMs coffee : Pour observer comment la culture contemporaine des "idoles" s'insère dans ce cadre séculaire, illustrant le renouvellement perpétuel d'Ikuno-ku.

Références

  1. 光洋精工発祥の地猪飼野, accessed October 12, 2025
  2. 【四天王寺から御勝山古墳の謎を追って】仁徳天皇 茨田堤の業績に ..., accessed October 12, 2025
  3. 御幸森天神宮(みゆきもりてんじんぐう) 前編 | 酒と出会いとお寺とお宮, accessed October 12, 2025
  4. 鶴橋の地名の由来とは?〜大阪編~ | 人生を全力で楽しむブログ, accessed October 12, 2025
  5. 朝鲜族 - 历史沿革, accessed October 12, 2025
  6. 生野區自由行旅遊攻略(2025):附近熱門好去處、人氣景點、行程規劃、住宿、美食、交通、天氣等等——重要資訊一文睇清(於2025年10月更新)|Trip.com, accessed October 12, 2025
  7. https://hk.trip.com/travel-guide/destination/ikuno-ward-2016470/
  8. 生野コリアタウンの隠れ家カフェで楽しむ絶品オレオチーズケーキ - Lemon8-app, accessed October 12, 2025
  9. 生野本通商店街付近でみんながオススメする人気グルメ20選 - Retty, accessed October 12, 2025
  10. 隠れ家イタリアンのお店 in 生野区 | 大阪 今里のレンタルスタジオ*赤ちゃんからご年配の方までみんなが笑顔になれる場所, accessed October 12, 2025
  11. 大阪市生野区ってどんなまち?|生野ものづくりタウン事業(IMT) - note, accessed October 12, 2025
  12. 会社案内 | 山本精工株式会社, accessed October 12, 2025
  13. 精密加工の吉見製作所, accessed October 12, 2025
  14. 株式会社 平川製作所[精密部品・切削加工のエキスパート], accessed October 12, 2025
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