(FRA) 5 Récits pour Voyager dans le Temps : L'Histoire de Taipei à Pied dans le Quartier Datong
On observe une puissante philosophie de résilience : le commerce du thé a décliné, mais le quartier ne s’est pas effondré, devenant une nouvelle forme de monnaie culturelle.
迪化街 Dihua Street > 新芳春茶行 Xinfangchun Tea House
Écoutez attentivement les récits historiques racontés en détail
Pour véritablement comprendre Taipei, il faut arpenter les rues du quartier de Datong, berceau de l'histoire moderne de la ville. Bien plus qu'un simple quartier ancien, Datong est une archive vivante, un palimpseste où se superposent des récits qui ont façonné non seulement la capitale, mais aussi l'identité de Taïwan. L'histoire de Datong n'est pas un conte unique, mais une collection d'histoires entrelacées : celles de la géographie et du commerce mondial, de la foi et du travail oublié, de l'innovation architecturale et de la résilience culturelle. À travers ce guide, nous déchiffrerons cinq strates historiques surprenantes, encore visibles aujourd'hui dans les rues, les édifices et les parcs du quartier. Il se veut une invitation pour le voyageur curieux, désireux de voir le passé dans le présent et de comprendre comment le destin d'une ville se lit à même ses pierres. Commençons notre voyage là où tout a débuté : au bord de l'eau.
D'un « Port Aveugle » à un Carrefour Mondial : Le Destin Géographique de Dadaocheng
L'histoire urbaine est souvent dictée par la géographie, mais elle est surtout façonnée par l'ingéniosité humaine qui sait transformer une apparente faiblesse en une force stratégique. Avant l'arrivée des colons Han, cette terre était le territoire des peuples autochtones des plaines Ketagalan, connus sous le nom de « Qiwucu ». Plus tard, le destin de Dadaocheng fut d'abord défini par une voie d'eau secondaire, le « Fanzigou » (番子溝). Les habitants locaux l'avaient affublée d'un nom dédaigneux : le « port de l'appendice » ou « blind gut harbor » (盲腸港仔), soulignant son statut de simple affluent mineur du fleuve Tamsui, bien loin d'être un canal de navigation principal.
Le tournant décisif survint lorsque la nature et la politique conspirèrent. Alors que le port historique de Monga, en amont, s'envasait inexorablement, paralysant son activité, une décision politique allait redessiner la carte économique de Taipei. En 1887, le gouverneur Liu Mingchuan, dans sa volonté de moderniser le nord de l'île, désigna officiellement Dadaocheng comme la zone de résidence et de commerce pour les marchands étrangers. Cette politique transforma radicalement le destin du « port aveugle ». Les navires affluèrent, les entrepôts se multiplièrent, et Dadaocheng surpassa bientôt Monga en prospérité et en influence. La leçon est contre-intuitive mais puissante : la prospérité urbaine ne découle pas seulement d'avantages naturels, mais d'une stratégie politique et économique délibérée qui sait réinventer le territoire.
Ancrage Contemporain : Des Quais Commerciaux aux Berges Récréatives
L'ancien quai de Dadaocheng, autrefois grouillant de jonques et de navires marchands, a laissé place aujourd'hui au parc riverain de Yanping. Pour le visiteur moderne, l'expérience est saisissante. En parcourant à vélo les pistes cyclables qui longent le fleuve, on peut observer le ballet des avions décollant de l'aéroport voisin de Songshan. Le fleuve, autrefois l'artère du thé et du camphre, est désormais une toile de fond pour les loisirs, tandis que les véritables conduits du commerce mondial rugissent au-dessus de nos têtes — les avions-cargos traçant dans le ciel de nouvelles routes commerciales invisibles. Les berges accueillent les loisirs des citadins et leur quête de tranquillité, offrant une perspective unique sur la transformation d'une artère économique en un poumon vert. This newfound prosperity, born from the river's reimagined purpose, would soon seek to express itself not just in warehouses and ledgers, but in stone, plaster, and the very cultural fabric of the city.

Au-delà de la Richesse : Comment l'Empire du Thé a Façonné la Culture de Taipei
L'accumulation d'une immense richesse cherche presque toujours à traduire sa puissance économique en domination culturelle. L'âge d'or du thé à Dadaocheng en est un exemple magistral. Avec plus de 200 maisons de thé concentrées principalement dans la rue Guiding, le quartier était l'épicentre du commerce du thé de Formose, un produit qui régnait en maître sur les marchés mondiaux. La figure la plus emblématique de cette époque est sans conteste Chen Tien-lai, fondateur de la maison de thé Chin Kee & Co. (锦記茶行).
Sa résidence est bien plus qu'une simple demeure : c'est un manifeste. Cet édifice de trois étages, de style baroque d'imitation, affiche une symétrie victorienne, des colonnes classiques opulentes et des détails ornementaux exubérants. Ce choix architectural n'était pas anodin. Dans un monde des affaires dominé par les Occidentaux, cette opulence européenne était une déclaration délibérée, une manière d'affirmer aux partenaires internationaux que les capitalistes taïwanais étaient leurs égaux sur la scène mondiale. Mais l'ambition de Chen Tien-lai ne s'arrêta pas à la pierre. En 1935, il investit les profits du thé dans la fondation des deux plus grands théâtres de Dadaocheng : le Yongle-za (永樂座) et le First Theatre (第一劇場). Cette démarche stratégique lui permit d'étendre son influence du commerce à la sphère culturelle, contrôlant ainsi les lieux où se définissait la vie sociale et artistique de l'élite de Taipei.
Ancrage Contemporain : L'Héritage du Commerce du Thé
Aujourd'hui, la Résidence Chen Tien-lai est classée monument historique et fait l'objet d'une restauration méticuleuse. Bien qu'elle ne soit pas toujours accessible, l'esprit de l'âge d'or du thé est admirablement préservé à quelques rues de là, à la Sin Hong Choon Tea House (新芳春茶行). Magnifiquement restaurée et transformée en musée, elle offre une immersion fascinante dans l'histoire de cette industrie qui a bâti Taipei. La visite de la Sin Hong Choon Tea House constitue une étape essentielle, un point de départ que nous développons dans [[un guide de voyage historique plus large sur la ville de Taipei]]. While men like Chen Tien-lai built commercial and cultural empires, the community's deeper resilience was anchored in an institution that predated their fortunes and would prove essential during times of profound change: its central temple.

Plus qu'un Lieu de Culte : Le Temple Devenu Cœur Civique
Dans les périodes de bouleversement social ou de transition coloniale, il n'est pas rare que les institutions religieuses endossent des fonctions civiques et culturelles essentielles, dépassant de loin leur mandat spirituel. Le temple Baoan de Dalongdong (大龍峒保安宮) en est une illustration remarquable. Fondé par des immigrants de Tong'an, dans la province du Fujian, pour lutter contre les maladies endémiques qui frappaient les nouveaux arrivants, le temple est dédié au dieu médecin Baosheng Dadi.
Une légende locale, celle des divinités « Laozu/Erzu » (l'Ancien Ancêtre et le Second Ancêtre), raconte le voyage tumultueux de deux statues divines depuis la Chine. Bien plus qu'un mythe, ce récit symbolise le processus complexe par lequel une foi importée s'est enracinée à travers tout Taïwan. La plus petite statue, « Laozu », eut une traversée sans encombre, symbolisant le besoin urgent de protection immédiate des immigrants. En revanche, la plus grande statue, « Erzu », fut retardée par des tempêtes, accosta dans le sud de l'île et voyagea par voie terrestre pendant des mois. Son périple se transforma en une série de cérémonies d'accueil, marquant l'acceptation et l'intégration progressives de la foi dans l'ensemble de la société insulaire.
Le rôle du temple s'est considérablement élargi durant la période coloniale japonaise. Il a servi d'école (le précurseur de l'actuelle école primaire de Dalong) et, fait encore plus notable, il a pallié l'absence d'infrastructures officielles. En 1926 et 1927, avant que le temple de Confucius de Taipei ne soit achevé, c'est au sein du temple Baoan que se tinrent les cérémonies confucéennes officielles. De même, lors de grandes sécheresses, c'est là que se déroulaient les rituels officiels de prière pour la pluie. Ces actions démontrent comment le temple a fonctionné comme une force stabilisatrice et un gardien de la continuité culturelle.
Ancrage Contemporain : Un Modèle International de Préservation
La plus grande fierté contemporaine du temple Baoan est la reconnaissance internationale de sa restauration. En 2003, il a reçu le prestigieux Prix du patrimoine de l'Asie-Pacifique de l'UNESCO. Le comité a salué le projet pour son « équilibre exquis » entre les méthodes scientifiques de conservation et le respect méticuleux des savoir-faire artisanaux traditionnels. Cette récompense a transformé le temple, d'un centre de foi local en un « manuel vivant du patrimoine culturel », démontrant l'excellence de Taïwan en matière de préservation. L'histoire célébrée de cette institution nous invite maintenant à découvrir les récits méconnus de ceux et celles qui, dans l'ombre, ont rendu cette prospérité possible.

L'Histoire Oubliée : Les Femmes qui ont Bâti la Fortune de Dadaocheng
L'histoire est trop souvent racontée à travers les exploits des « grands hommes ». Pourtant, les somptueuses demeures baroques et la richesse éclatante de Dadaocheng reposaient sur les épaules d'une main-d'œuvre invisible et presque entièrement féminine. Il est impossible de comprendre la véritable histoire de ce quartier sans rendre hommage aux « 撿茶女 » (jiǎn chá nǚ), les trieuses de thé. Durant la haute saison, jusqu'à 20 000 femmes se rassemblaient chaque jour à Dadaocheng pour accomplir une tâche méticuleuse mais essentielle : trier les feuilles de thé à la main, retirant les brindilles et les feuilles abîmées pour garantir la qualité supérieure exigée à l'exportation.
Le contraste social et économique était saisissant. D'un côté, la façade ornée de la résidence de Chen Tien-lai, symbole de la réussite capitaliste. De l'autre, des milliers de femmes travaillant dans des conditions difficiles sur les trottoirs couverts (« 亭仔腳 », tíng zǐ jiǎo), souvent sous la contrainte et pour des salaires de misère. Cette juxtaposition révèle l'inégalité structurelle qui a alimenté la prospérité de l'époque. Intégrer ce récit est un acte de justice historique ; il nous oblige à dépasser la simple célébration de la richesse pour en reconnaître le coût humain, et à réévaluer qui sont les véritables bâtisseurs de la ville.
Ancrage Contemporain : Sur les Traces des Femmes de la Ville
Aujourd'hui, des initiatives comme les visites guidées « Women's Walk » (女路走讀) s'efforcent de recentrer le récit historique sur les femmes qui ont façonné la ville. Un lieu emblématique de cet héritage est le Marché aux Tissus de Yongle (永樂布業商場). Considéré comme le successeur spirituel du labeur des trieuses de thé, ce marché est un pôle commercial vibrant centré sur les artisanes, les couturières et une clientèle majoritairement féminine. En le visitant, on peut percevoir la continuité d'une tradition commerciale où les femmes jouent un rôle central. C'est en explorant de tels lieux que l'on peut découvrir des [[articles thématiques connexes sur l'histoire sociale de Dadaocheng]]. Du récit humain, passons maintenant au tissu architectural qui l'abritait.

UnMusée d'Architecture Vivant : Ce que Révèlent les Façades de la Rue Dihua
L'architecture d'une rue n'est jamais une simple question d'esthétique. Elle est le reflet direct des ambitions économiques, des avancées technologiques et même des réactions à des catastrophes lointaines. Le paysage urbain unique de la rue Dihua en est la preuve éclatante. Son apparence actuelle est le fruit du « Plan d'Amélioration Urbaine » japonais, qui a contraint les propriétaires à construire de nouvelles façades modernes. Cependant, l'approche coloniale fut celle de la « régulation sans design » : le gouvernement imposait des règles structurelles mais laissait aux artisans locaux la liberté de création. Il en est résulté un style hybride fascinant, mêlant les formes occidentales à des matériaux locaux comme les tuiles vernissées vertes et les porcelaines colorées japonaises.
L'évolution de ces façades, ou shophouses, peut être lue comme un livre d'histoire, en deux chapitres distincts.
Phase 1 : L'Opulence du Style Baroque (Début de la Période Japonaise)
Reflet de l'apogée de la fortune des marchands, cette première phase est caractérisée par une exubérance décorative. Les façades arborent des guirlandes et des textures en stuc imitant la pierre, le tout dans une recherche d'un effet visuel romantique et ostentatoire.
Phase 2 : Le Tournant vers le Modernisme Pragmatique (Fin de la Période Japonaise)
Le passage à des designs plus épurés n'est pas un simple changement de mode. Il est une réponse directe et réfléchie au grand tremblement de terre de Tokyo dans les années 1920, qui a démontré la vulnérabilité des constructions en briques. Les architectes de Dadaocheng ont rapidement adopté le béton pour sa solidité, créant des façades simplifiées, souvent revêtues de carrelage de couleur claire, et des toits plats avec des auvents horizontaux proéminents. Ce changement témoigne d'une adoption mature et rapide des principes d'ingénierie moderne et de gestion des risques, prouvant que Dadaocheng était étroitement connecté aux courants mondiaux.
Ancrage Contemporain : La Renaissance des Anciennes Maisons
Aujourd'hui, la rue Dihua fonctionne comme un « musée vivant des façades ». De nombreux bâtiments historiques ont été brillamment réhabilités pour accueillir des commerces modernes. Le Starbucks de la porte Baoan, installé dans une magnifique demeure historique, en est un exemple célèbre. Cela prouve que les bâtiments historiques ne sont pas des reliques figées, mais des éléments « organiques » de la ville, capables de grandir et d'évoluer. Ainsi, siroter un café dans le Starbucks de la porte Baoan n'est pas une trahison de l'histoire, mais une participation active à son dernier chapitre — un témoignage de la capacité durable de Dadaocheng à s'adapter sans s'effacer.

Lire les Strates de la Ville
L'histoire de Datong n'est pas une narration linéaire, mais une série de couches superposées qui, ensemble, composent le portrait complexe et fascinant de Taipei. Chacun des cinq récits que nous avons explorés — le destin d'un port, la puissance du thé, le rôle d'un temple, le travail oublié des femmes et le dialogue des façades — est une clé pour déchiffrer la ville.

Chez Lawrence Travel Stories, nous croyons que la véritable compréhension d'un lieu naît de l'observation attentive et de la marche, bien plus que d'une simple liste de sites à cocher. En parcourant Datong, on apprend à lire ces strates : à distinguer un fronton baroque d'un auvent moderniste, à imaginer le labeur des trieuses de thé à l'ombre d'une demeure opulente, et à reconnaître dans un temple un pilier de la société civile.
Alors que vous poursuivrez vos voyages, nous vous invitons à poser cette question : quelles histoires cachées se trouvent sous la surface des villes que vous visitez ?
Pour plus de récits qui relient le passé au présent, continuez à
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Références
- 臺北市大同區公所-大稻埕街屋之演變, accessed on November 21, 2025
- 臺北市大同區公所-歷史沿革, accessed on November 21, 2025
- 大稻埕 - 台灣光華雜誌, accessed on November 21, 2025
- 永樂市場- 陳天來故居/錦記茶行、大稻埕碼頭 - udn部落格, accessed on November 21, 2025
- 李春生紀念教會週邊景點 - 台北旅遊網, accessed on November 21, 2025
- 陳天來故居(錦記茶行) - 台灣旅圖, accessed on November 21, 2025
- 陳天來故居 - 山富旅遊, accessed on November 21, 2025
- 新芳春茶行 - 博物之島- 文化部, accessed on November 21, 2025
- 大龍峒保安宮 - DalongDong Baoan Temple, accessed on November 21, 2025
- 正體中文 - 大龍峒保安宮, accessed on November 21, 2025
- 臺北舊城時光~大稻埕的前世今生 - 社團法人中華民國自然步道協會, accessed on November 21, 2025
- 大稻埕女性空間的移動 - 台灣國家婦女館, accessed on November 21, 2025
- 永樂布業商場_永樂市場 - 臺北旅遊網, accessed on November 21, 2025
- 大稻埕街區_迪化街店屋- 台北 - 臺北旅遊網, accessed on November 21, 2025
- 生活- 新芳春茶行見證大稻埕榮景 - 青年日報, accessed on November 21, 2025
- 宗教百景,臺北大龍峒保安宮accessed on November 21, 2025
- 大龍峒保安宮, UNESCO資產保存獎, accessed on November 21, 2025
- 敏迪散步:歡迎回到1930年的台北「大稻埕」 - 翻轉教育- 親子天下, accessed on November 21, 2025
