(FRA) Balade historique à l'île d'Oshima – Histoires d'exil et culte du volcan sur cette terre de Tokyo
Partez à la découverte d'Izu Oshima, où la puissance du volcan Mihara rencontre les récits poignants des exilés de l'époque d'Edo. Une balade historique unique au cœur des paysages sauvages de Tokyo.
Ceci est un récit de voyage historique et un guide de randonnée sur l'île d'Izu Oshima, située au large de Tokyo. À travers l'exploration du mont Mihara et des récits ancestraux d'exilés, cet article dévoile le lien sacré entre les habitants et la force volcanique. Les lecteurs y découvriront un itinéraire mêlant paysages de lave, rituels anciens et mémoire culturelle du Japon.

Marcher à Ojima, c’est faire l’expérience d’une pesanteur singulière. Ici, dans cette partie de l'est de Tokyo que l'on nomme le Shitamachi (la ville basse), l’air semble plus dense, chargé de l’humidité des canaux et du souvenir des vasières. Pour le voyageur pratiquant la « marche consciente », la topographie « zéro mètre » n’est pas qu’une donnée géographique ; c’est une sensation physique. On sent, au fil de la promenade le long de l’Onagi-gawa, que le sol sous nos pieds est une conquête fragile, une sédimentation de labeur humain sur d'anciens bancs de sable.
Ce quartier de l'arrondissement de Koto ne figure que tardivement sur les cartes. Son nom même, apparu sur les relevés de l’ère Genroku il y a environ 320 ans, évoque une « Grande Île » (Ojima) émergeant des marécages. Pourtant, ce qui fut jadis un archipel incertain est devenu le socle de l'expansion impériale vers l’Est. Entre la transformation radicale de l’ère Meiji et les traumatismes de 1923, Ojima offre une leçon de résilience urbaine. Plongeons dans la première strate de cette archéologie : l’époque où le déchet de la ville devenait l’or vert de la périphérie.
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Le métabolisme d'Edo : des déchets à l'abondance
Sous le Shoguna Tokugawa, Ojima n'était pas un simple faubourg, mais le « ventre » de la métropole. Dans une symbiose exemplaire, le quartier transformait les résidus de la capitale en productivité agricole. Les excréments et déchets organiques collectés à Edo étaient acheminés par barges pour fertiliser ces terres basses, créant un système de recyclage d'une sophistication pré-industrielle totale.
Cette fluidité entre centre et périphérie a donné naissance aux célèbres « légumes d'Ojima » et surtout aux Sunamura-negi (ciboules de Sunamura). Grâce au Sokusei Saibai (culture forcée), les paysans locaux dominaient les marchés d'Edo. Cette importance stratégique se traduisait par une curiosité administrative : la « double administration ». Le quartier se situait précisément à la frontière où la juridiction du Machibugyo (magistrat de la ville) rencontrait celle du Daikan (intendant des terres shogunales), faisant d'Ojima le point de bascule entre l'espace urbain et l'arrière-pays productif.
« Les embarcations qui livraient les ciboules fraîches à Edo ne repartaient jamais à vide ; elles ramenaient les nutriments de la ville pour fertiliser les champs de demain. »
Jalons de l'évolution administrative | Dates | Statut |
Ère Shoho (1644-1647) | Milieu du XVIIe s. | Début de la poldérisation systématique. |
Ère Genroku (vers 1700) | Début du XVIIIe s. | Apparition du nom « Ojima » sur les cartes. |
Ère Shotoku (1713) | XVIIIe siècle | Mise en place du système de double administration (Machibugyo / Daikan). |
Ère Meiji (1900) | Début du XXe s. | Création officielle du district d'Ojima-machi. |

Le verrou de l'Est : Nakagawa Funabansho
À l’intersection du canal Onagi et de la rivière Kyu-Nakagawa, le silence de l’eau cache l’ancienne fébrilité d’un poste de douane impérial. Le Nakagawa Funabansho était le verrou stratégique d’Edo, contrôlant le flux vital du riz et du sel. Mais derrière l'inspection des marchandises se jouait une partition politique bien plus serrée.
Le Shogunat y appliquait la règle d'acier : In-Teppo, Out-Onna (entrée des fusils, sortie des femmes). Ce n'était pas qu'une mesure de sécurité, mais la clé de voûte du système Sankin-kotai. En empêchant l'entrée d'armes clandestines et, surtout, en interdisant aux épouses des seigneurs féodaux — retenues en otages à Edo — de s'enfuir vers leurs provinces, le poste de garde assurait la stabilité même du régime.
Les 5 piliers du contrôle fluvial au poste de Nakagawa :
- Interdiction de navigation nocturne : Aucune barge ne pouvait franchir le verrou après le crépuscule.
- Protocole de reconnaissance : Obligation pour chaque passager de retirer chapeau et voile pour un examen facial complet.
- Inspection des contenants : Vérification systématique des grands coffres pouvant dissimuler des fugitifs.
- Surveillance balistique : Contrôle rigoureux du soufre, du plomb et de la poudre.
- Laissez-passer spécifiques : Certificats obligatoires pour le transport de blessés ou de dépouilles.

Du triomphe samouraï au podium olympique : Le Sanctuaire Katori
Fondé en l'an 665, le sanctuaire de Katori (Kameido Katori Jinja) témoigne de la capacité du sacré à se réinventer. Dédié à la divinité guerrière Futsunushi-no-Kami, il gagna ses galons de noblesse en 940, lorsque le général Fujiwara no Hidesato y déposa une « flèche de victoire » (Katsuya) après avoir maté la révolte de Taira no Masakado.
Aujourd'hui, l'épée a cédé le pas au chronomètre. La victoire martiale s'est muée en excellence sportive. Des champions modernes, à l'instar du skateur olympique Horigome Yuto, viennent y chercher la même protection que les guerriers d'autrefois. La fête du Katsuya-sai, chaque 5 mai, maintient ce fil d'Ariane entre le sabre médiéval et la compétition internationale, prouvant que l’âme d’Ojima reste résolument tournée vers le succès.

L'alchimie de la modernité : engrais chimiques et cicatrices
À la fin du XIXe siècle, le quartier opère un virage brutal. Sous l'impulsion du Dr Tanahashi Toragoro, Ojima abandonne le cycle naturel des engrais organiques pour l'alchimie linéaire de l'industrie chimique. En 1899, la fondation de la Nippon Kagaku Kogyo marque le passage à une exploitation intensive du territoire pour servir le slogan national : « Pays riche, armée forte ».
Mais ce progrès eut un prix physique. Le pompage massif des eaux souterraines pour les usines provoqua un affaissement du sol spectaculaire, atteignant 4,5 mètres par endroits. Plus sombre encore, les années 1970 révélèrent que le progrès avait été bâti sur des fondations toxiques : l'utilisation de résidus industriels comme remblais avait contaminé les sols au chrome hexavalent. Aujourd'hui, les immenses complexes résidentiels (Danchi) et les espaces verts comme la « Place du Vent » recouvrent ces sites, agissant comme des couvercles de béton sur les plaies d'un passé industriel débridé.

L'ombre du séisme : le massacre d'Ojima-machi
Le récit d'Ojima comporte une couche de mémoire d'une noirceur absolue, souvent occultée par le développement urbain. Lors du Grand Séisme du Kanto en 1923, la fragilité du quartier ne fut pas seulement géologique, mais sociale. Dans le chaos des incendies, des milices et des soldats tournèrent leur violence contre les travailleurs chinois.
Au centre de cette tragédie se dresse Wang Xitian, protecteur des droits des ouvriers. Venu enquêter sur le sort de ses compatriotes, il fut secrètement exécuté par l'armée près du pont Sakasaibashi. Ce crime rappelle que la ville, sous la pression de la catastrophe, peut voir son contrat social s'effondrer. Pour le promeneur, ces lieux sont les « Coordonnées de la Mémoire », des points de repère essentiels pour ne pas oublier que la paix urbaine est une construction constante.
Coordonnées de la Mémoire : | Site de Mémoire | Localisation & Importance | | :--- | :--- | | Pont Sakasaibashi | Proche de l'actuel Centre Culturel Higashi-Ojima ; lieu de l'exécution de Wang Xitian. | | Temple Jingxin | Sanctuaire abritant une stèle dédiée aux victimes et à la figure de Wang Xitian. | | Ojima-machi 8-chome | Épicentre des violences exercées contre les travailleurs immigrés en septembre 1923. | | Rives de l'Arakawa | Emplacement de monuments citoyens luttant contre l'amnésie officielle. |

Le joyau caché
Pour quiconque souhaite embrasser visuellement ces strates d’histoire, le Musée Nakagawa Funabansho est une escale impérative. Sa maquette grandeur nature et son observatoire surplombant le canal permettent de saisir, en un regard, la confluence entre la gestion de l’eau, le pouvoir politique et la transformation industrielle du quartier.
Réflexion philosophique sur la résilience
Comprendre Tokyo, c’est accepter que la métropole soit un organisme qui digère ses propres époques. Ojima nous enseigne que la ville n'est jamais figée : elle fut vasière, potager, douane, laboratoire chimique, champ de ruines, puis forêt de béton résidentiel. Sa force réside dans cette capacité à se reconstruire sur ses propres décombres, sans jamais tout à fait effacer les traces de ce qui fut. L'identité du Shitamachi ne se trouve pas dans la conservation muséale, mais dans cette superposition vibrante où le canal d'hier continue de dicter le tracé de la rue de demain.
Carnet de route
- Accès : Station Ojima (Ligne Toei Shinjuku).
- Itinéraire conseillé : Une déambulation le long du canal Onagi, en reliant le musée Funabansho au pont Sakasaibashi, pour observer le contraste saisissant entre les tours Danchi massives et la fluidité des voies d'eau.
- Note : Le quartier se prête particulièrement à une exploration matinale, lorsque la lumière rase sur les canaux souligne les irrégularités de ce sol conquis sur la mer.
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Q & A
Quel était le rôle stratégique du poste de contrôle de Nakagawa ?
Le poste de contrôle de Nakagawa (中川船番所), établi en 1661 au confluent de la rivière Onagi et de la rivière Kyu-Nakagawa, jouait un rôle crucial de « porte de l'Est » pour le shogunat Tokugawa. Son importance stratégique s'articulait autour de trois axes principaux : la sécurité militaire, le contrôle logistique et l'espionnage économique.
1. Sécurité militaire et politique : Le principe « Iri-teppo, De-onna »Le poste fonctionnait comme un verrou de sécurité strict pour protéger la capitale, Edo, en appliquant la politique de « l'entrée des fusils et la sortie des femmes » (Iri-teppo, De-onna).
- Contrôle des armements : Les officiers inspectaient rigoureusement les navires pour interdire l'entrée illégale d'armes à feu, de poudre et de plomb, afin de prévenir toute rébellion des seigneurs provinciaux (daimyo),.
- Surveillance des otages : Il surveillait les femmes tentant de quitter Edo, car les épouses et familles des daimyo étaient retenues en otages par le shogunat pour garantir la loyauté de ces derniers,.
- Interdiction de navigation nocturne : Pour assurer la sécurité absolue de la capitale, aucun navire n'était autorisé à quitter Edo durant la nuit,.
2. Contrôle de la logistique vitaleSitué sur le canal Onagi, le poste contrôlait la « ligne de vie » qui acheminait les ressources essentielles vers le centre d'Edo.
- Flux de marchandises : C'était le point de passage obligé pour le transport du riz provenant de la région du Tohoku et du sel de la région de Boso.
- Volume de trafic : Le site gérait un flux massif, avec une moyenne de 500 à 600 navires par jour, pouvant dépasser les 900 lors des pics d'activité.
3. Centre d'intelligence économiqueÀ partir de la moitié de l'époque d'Edo, le rôle du poste a évolué d'une simple barrière militaire vers une fonction de collecte de données stratégiques.
- Statistiques commerciales : Les agents recensaient systématiquement le type et la quantité de marchandises entrant dans la ville, permettant au shogunat de surveiller l'économie nationale et les mouvements de ressources.
- Autorité administrative : Supervisé par des membres de la classe des Hatamoto (vassaux directs du Shogun), le poste maintenait une présence administrative 24 heures sur 24.
Protocoles d'inspectionLe contrôle de l'identité était extrêmement rigoureux : tous les passagers devaient enlever leur chapeau et lever les rideaux des embarcations pour que les gardes puissent vérifier leur visage,. Même les grands coffres susceptibles de cacher des personnes étaient systématiquement ouverts et inspectés.
Comment le sanctuaire Katori est-il devenu dédié aux succès sportifs ?
La transformation du sanctuaire Katori (plus précisément le sanctuaire Kameido Katori) en une divinité dédiée aux succès sportifs est le résultat d'une évolution historique où la recherche de la victoire militaire s'est muée en une quête de la réussite compétitive moderne.Voici les étapes clés de cette évolution selon les sources :
1. Des racines profondément martialesLe sanctuaire a été fondé en l'an 665 par Fujiwara no Kamatari, initialement pour prier pour la paix et la sécurité lors des expéditions militaires vers l'est du Japon. Consacré à la divinité guerrière Futsunushi-no-Kami, le site est devenu dès ses origines un lieu sacré pour la protection de l'État et des entreprises militaires.2. Le tournant de la « Flèche de la Victoire » (Katsu-ya)Le prestige du sanctuaire en tant que garant de la victoire s'est consolidé en 940, lors de la rébellion de Taira no Masakado :
- La prière de Fujiwara no Hidesato : Avant de partir soumettre la rébellion, ce haut dignitaire est venu se recueillir au sanctuaire.
- L'offrande sacrée : Après avoir triomphé, il est retourné au sanctuaire pour offrir son arc et ses flèches, créant la tradition de la « Katsu-ya » (la flèche de la victoire). Cet acte a établi définitivement le sanctuaire comme le protecteur de la « fortune militaire durable ».
3. La transition de la guerre vers la compétition moderneAvec la fin de l'ère des samouraïs, la notion de « prouesse militaire » a perdu son application sur les champs de bataille, mais son essence spirituelle est restée intacte.
- Adaptation culturelle : Les sources indiquent que l'esprit traditionnel du Bushido s'est « greffé sans couture » sur le système de compétition sportive de la société moderne.
- Évolution du culte : La recherche de la victoire, autrefois vitale pour un guerrier, est devenue le moteur des athlètes. Ce glissement a fait passer le sanctuaire du statut de protecteur des armées à celui de « dieu du sport » reconnu dans tout le Japon.
4. Une légitimité entretenue par les athlètes et les festivalsAujourd'hui, cette réputation est vivante grâce à des manifestations concrètes :
- Visites de célébrités sportives : Des icônes de renommée mondiale, comme la lutteuse Saori Yoshida ou le champion olympique de skateboard Yuto Horigome, se rendent au sanctuaire pour prier pour la victoire, y laissant des tablettes votives (ema) signées.
- Le festival Katsu-ya Matsuri : Chaque année, le 5 mai, une procession en armures anciennes recrée la marche victorieuse de Fujiwara no Hidesato pour porter la « flèche de la victoire » au sanctuaire, reliant symboliquement le passé militaire aux aspirations des sportifs d'aujourd'hui.
En résumé, le sanctuaire a su moderniser son identité en transformant le concept de « victoire au combat » en « victoire en compétition », devenant ainsi un pilier de la culture du succès (勝運文化, katsun bunka) au Japon.
Références et suite de la lecture
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- 江東区大島について, accessed April 10, 2026,
- 江戸散策 | クリナップ, accessed April 10, 2026,
- Nakagawa Funabansho Museum Guided Tour 2025 中川船番所資料館 常設展示室解説動画, accessed April 10, 2026,
- 観光スポット - 中川船番所跡 (注:史跡) - 江東おでかけ情報局, accessed April 10, 2026,
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