(FRA) Tseung Kwan O : 5 récits pour remonter le temps dans la ville nouvelle de Hong Kong

Tseung Kwan O tisse ensemble un récit unique et puissant de résilience, celui d'un lieu qui s'est constamment adapté sans jamais disparaître.

Les échos de la vie rurale, retrouver les villages oubliés
Les échos de la vie rurale, retrouver les villages oubliés
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將軍澳風物汛 與 香港單車館公園 the TKO Folk Museum and the Hong Kong Velodrome Park

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Écoutez attentivement les récits historiques racontés en détail

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En évoquant Tseung Kwan O, l'esprit dessine immédiatement l'image d'une ville nouvelle, un paysage de gratte-ciels étincelants et d'infrastructures modernes. C'est l'un des visages les plus récents de Hong Kong, symbole de son développement fulgurant. Pourtant, sous cette surface de béton et de verre se cache une âme bien plus ancienne, un récit qui s'étend sur des siècles, mêlant légendes militaires, foi maritime et un esprit farouche d'autonomie locale. L'histoire de cette région, loin d'avoir été effacée par les bulldozers, est simplement devenue plus discrète. Elle est inscrite dans la topographie, cachée dans des temples discrets et préservée dans les interstices du tissu urbain, attendant d'être découverte par le marcheur curieux. Cet article vous propose de remonter le temps en dévoilant cinq récits clés qui révèlent les strates du passé de Tseung Kwan O et du village de Hang Hau, son cœur historique. Ensemble, nous allons voir que même dans les lieux les plus modernes, le passé n'est jamais très loin.

Premier récit : La baie du Général, entre légende héroïque et pragmatisme colonial

Le nom d'un lieu est souvent la première porte d'entrée vers son histoire, et celui de Tseung Kwan O est particulièrement riche. Il est un carrefour de récits contradictoires, oscillant entre le romantisme héroïque de la Chine impériale et le pragmatisme commercial de l'ère coloniale. Son nom cantonais, 將軍澳 (Tseung Kwan O), se traduit par « la baie du Général » et puise sa source dans deux légendes militaires. La première raconte qu'un général de la dynastie Ming, vaincu au combat, s'y serait réfugié avant de succomber à ses blessures. La seconde, plus ancienne, nous ramène à la dynastie des Song du Sud, lorsqu'un général y fut stationné pour défendre l'entrée stratégique de Lei Yue Mun contre l'avancée mongole.

Face à ces récits se trouve le nom anglais historique : « Junk Bay ». Son origine pourrait être une simple translittération phonétique, mais l'explication la plus admise est bien plus pragmatique : pour les étrangers, cette baie abritée était un lieu où de nombreuses jonques chinoises (Junk Boats) jetaient l'ancre. Cette dualité révèle une tension culturelle fascinante. Il ne s'agit pas d'une simple confusion, mais d'un choix conscient. En préservant les légendes du général, la communauté locale a exprimé son désir d'ancrer son histoire dans une tradition plus ancienne et majestueuse, une façon de revendiquer un passé noble face à une vision coloniale purement utilitaire.

Et c'est en se tenant aujourd'hui sur la promenade de Tseung Kwan O, ce mémorial virtuel qui fait face à l'entrée de Lei Yue Mun, que cette dualité prend tout son sens. Il n'existe aucun monument physique au général, mais en contemplant la baie depuis ce point stratégique, on peut sentir les fantômes des soldats et des marchands coexister. Ce lieu a-t-il été défini par la guerre ou par le commerce ? La réponse flotte, suspendue entre les gratte-ciels et la mer.

La baie du Général, entre légende héroïque et pragmatisme colonial
La baie du Général, entre légende héroïque et pragmatisme colonial

Deuxième récit : Le pacte de 1840, le temple Tin Hau et l'esprit de la communauté

Si le nom de la baie nous plonge dans la grande histoire, l'âme de sa communauté s'est cristallisée autour du temple Tin Hau de Hang Hau. Dans les communautés côtières de Hong Kong, ces temples étaient les ancrages temporels et sociaux autour desquels la vie s'organisait. Fondé au début de la dynastie Qing, celui-ci connut sa reconstruction majeure en 1840, l'an 20 du règne de l'empereur Daoguang. Cette date, à la veille de la Première Guerre de l'Opium, est cruciale. Que la communauté ait pu financer un tel projet dans une période si incertaine démontre une prospérité et une cohésion remarquables, bien avant que l'influence coloniale ne se fasse sentir.

La preuve irréfutable de cette histoire se trouve à l'intérieur du temple, dans la pénombre silencieuse. C'est une grande cloche en fer, dont l'inscription atteste de sa fonte en 1840. Cet artefact n'est pas qu'un marqueur temporel ; il symbolise un pacte silencieux entre les pêcheurs des villages de Tin Liu Ha et Fat Tau Chau et leur déesse protectrice, Tin Hau. Chaque son de cette cloche était une prière pour des traversées sûres, un témoignage de résilience face aux caprices de l'océan.

Niché au milieu des bâtiments modernes, le temple lui-même est un trésor d'authenticité. Il faut prendre le temps d'en observer les détails qui racontent une histoire d'autonomie : la fraîcheur de ses robustes colonnes en granit, sa structure simple à deux salles et trois baies, et surtout, l'usage de carreaux de céramique rouge plutôt que les briques bleues, plus formelles, des temples officiels. Ce choix de matériau évoque un esprit plus rustique, plus indépendant. Plus important encore, il s'agit d'un temple privé, non géré par le comité officiel, un statut qui souligne la fierté et la résilience d'une communauté qui a su préserver son héritage par ses propres moyens.

temple Tin Hau
temple Tin Hau

Troisième récit : Quand le temple était la mairie, l'âge d'or de l'autonomie de Hang Hau

Le rôle du temple Tin Hau dépassait largement la sphère spirituelle. À la fin de la dynastie Qing et au début de la période coloniale, alors que l'administration britannique était encore peu présente dans les zones rurales, le temple fonctionnait comme le véritable centre névralgique de la communauté. C'était la mairie, le tribunal et la place du marché tout à la fois. Les anciens s'y réunissaient pour arbitrer les conflits fonciers, tandis que ses abords grouillaient de vie, formant le marché du « vieux bourg », le cœur économique de la région.

Deux dates inscrites dans la pierre témoignent de cet âge d'or. La première est 1840, celle de la cloche, marquant l'émergence d'une communauté prospère. La seconde est 1875 (« Guangxu 1 »), gravée sur une stèle. Cet écart de trente-cinq ans n'illustre pas seulement une prospérité continue ; il révèle une communauté confiante, en pleine auto-gouvernance, dont les élites consolidaient leur statut social et leur pouvoir en investissant publiquement dans le temple, leur scène politique, alors même que le paysage colonial de Hong Kong se dessinait.

Aujourd'hui, pour se représenter l'ancien marché de Hang Hau, il faut se rendre au parc Man Kuk Lane, un jardin de style chinois situé à quelques pas du temple. Son nom n'est pas un hasard : « Man Kuk » est une étoile associée à la littérature, et une chapelle latérale du temple est dédiée à Man Cheong, le dieu de la littérature. Ce lien subtil suggère une aspiration historique non seulement à la prospérité, mais aussi à la culture et à l'ordre. En s'asseyant dans ce parc, on peut presque entendre le bourdonnement de l'ancien centre politique et social, et imaginer le va-et-vient des villageois venus régler leurs affaires sous le regard bienveillant des dieux.

Temple Hang Hau Tin Hau
Temple Hang Hau Tin Hau

Quatrième récit : De la baie des jonques à la ville nouvelle, la métamorphose d'un paysage

La transformation de Tseung Kwan O est l'une des plus spectaculaires de Hong Kong, une histoire de « la mer devenant terre de mûriers » qui s'est opérée en quelques décennies. Avant de devenir la ville que nous connaissons, la baie a joué plusieurs rôles. Après son apogée en tant que « Junk Bay », elle est devenue les coulisses de la ville, abritant même un site d'enfouissement majeur. Finalement, un projet de poldérisation massif a effacé l'ancienne ligne de côte, créant les terres sur lesquelles reposent aujourd'hui des centaines de milliers de foyers.

Face à une telle accélération, comment préserver la mémoire du paysage sacrifié ? La ville nouvelle a répondu en institutionnalisant le souvenir. Le musée folklorique de Tseung Kwan O agit comme une archive, une tentative consciente de ne pas oublier ce qui se trouvait là avant. Pour ressentir physiquement ce dialogue entre mémoire et vitesse, l'itinéraire est tout trouvé. Commencez par la contemplation silencieuse du musée folklorique, où les récits des pêcheurs et des agriculteurs vous imprègnent du temps long. Puis, sortez et rendez-vous juste à côté, au parc du vélodrome de Hong Kong. Le contraste est saisissant. Le design épuré et futuriste du vélodrome, l'énergie des cyclistes lancés à pleine vitesse, tout ici parle d'avenir et de performance. Passer de l'un à l'autre, c'est éprouver en quelques minutes le vertigineux bond en avant qu'a accompli Tseung Kwan O.

De la baie des jonques à la ville nouvelle, la métamorphose d'un paysage
De la baie des jonques à la ville nouvelle, la métamorphose d'un paysage

Cinquième récit : Les échos de la vie rurale, retrouver les villages oubliés

L'histoire n'est pas seulement faite de généraux et de dieux, mais aussi de la vie quotidienne de ceux qui ont cultivé la terre et pêché dans la baie. Avant les gratte-ciels, Hang Hau était le cœur d'une communauté rurale autosuffisante, où la pêche, protégée par Tin Hau, était complétée par l'agriculture. L'urbanisation a bien sûr bouleversé ce mode de vie, mais des fragments de ce passé survivent, telles des « îles culturelles » au milieu de l'océan de béton. Des pans de murs anciens, les fondations d'une maison, des traces de l'organisation d'un village : ces vestiges persistent, témoins silencieux d'une culture qui refuse de disparaître.

La découverte de ces vestiges s'apparente à une véritable chasse au trésor urbaine. Il ne s'agit pas de trouver des monuments, mais des indices. L'expérience la plus forte naît du contraste : observer un vieux mur de briques à l'ombre d'un gratte-ciel de quarante étages, c'est comprendre de manière viscérale la superposition des couches de l'histoire. C'est réaliser que la ville moderne n'a pas été construite sur une page blanche, mais sur une terre déjà riche de vies. Cet exercice d'observation donne une profondeur inattendue à votre exploration, une quête qui peut se poursuivre en découvrant les récits des quartiers voisins.

Les échos de la vie rurale, retrouver les villages oubliés
Les échos de la vie rurale, retrouver les villages oubliés

Marcher sur les strates de l'histoire

L'histoire de Tseung Kwan O n'est pas celle d'un effacement, mais d'une transformation et d'une résilience extraordinaires. Chaque récit montre que le passé n'a pas disparu ; il a été recouvert, absorbé, mais il continue de vibrer sous la surface. Les trésors cachés de cette région – une cloche de temple, le nom d'un parc, un fragment de mur – ne sont peut-être pas grandioses, mais leur importance est immense. Ils fonctionnent comme des « ancres culturelles », offrant un sentiment d'identité et de profondeur dans un environnement qui pourrait autrement sembler anonyme.

Chaque ville nouvelle est un palimpseste. La vraie question n'est pas de savoir si le passé existe, mais si nous avons la curiosité de le chercher. Quelles strates secrètes attendent d'être découvertes sous vos propres pas ? Notre exploration des mémoires cachées de Hong Kong se poursuit dans un guide de voyage historique plus large sur Hong Kong, une invitation à regarder au-delà de la surface.

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