Ma On Shan : 5 Histoires Secrètes Pour Comprendre l'Âme Oubliée de Hong Kong
L'identité de Ma On Shan se cache sous le vernis brillant de sa ville nouvelle, dans les ruines silencieuses de la mine et les racines du figuier banian.
Ma On Shan m'est à la fois étrangère et familière. Étrange, car je m'y rends rarement, seulement pour rendre visite à des amis ; familière, car je sais par mon père qu'il est arrivé à Hong Kong comme réfugié et a travaillé comme mineur à Ma On Shan pendant un certain temps, une expérience dont les difficultés sont inimaginables. Il assistait également à la messe à l'église Saint-Joseph et a été témoin des transformations de Ma On Shan.
馬鞍山選礦廠遺址 Ma On Shan ore-dressing plant
Écoutez attentivement les récits historiques racontés en détail
Sur la carte moderne de Hong Kong, Ma On Shan se présente comme une ville nouvelle bien planifiée, un modèle d'urbanisme résidentiel. Pourtant, dissimulée entre ses collines verdoyantes et sa baie tranquille, sommeille une histoire singulière, largement occultée par le rythme effréné de l'urbanisation. Nous vous convions à une enquête sur les fantômes du passé industriel de Hong Kong, à la découverte de l'âme cachée de cette région. Ce voyage à pied nous mènera à une rare intersection de trois temps : celui d'une puissance industrielle oubliée, d'une communauté éphémère mais soudée, et d'une modernisation qui a tout transformé. En explorant les cinq récits gravés dans ce paysage, nous ne découvrons pas seulement des ruines ou des anecdotes, mais une facette plus profonde et complexe de l'identité même de Hong Kong.
1. Le Cœur Industriel : Le Son Oublié de la Mine de Fer
L'histoire de la mine de fer de Ma On Shan constitue un chapitre unique et irremplaçable dans l'épopée industrielle de Hong Kong. Pendant des décennies, ce site fut la principale source de minerai de fer du territoire, représentant un moment de gloire pour l'industrie minière métallique locale, une activité économique aujourd'hui presque entièrement disparue.
La montée en puissance de la mine fut aussi spectaculaire que sa chute fut brutale. Dans les années 1950 et 1960, la vie des mineurs, souvent d'anciens soldats célibataires, était d'une extrême dureté, avec un salaire journalier initial d'à peine un dollar. L'exploitation cessa définitivement en 1976, non par épuisement des ressources, mais sous l'effet d'une double pression. D'une part, le contrat d'exploitation arrivait à son terme et le gouvernement, qui planifiait déjà le développement de la ville nouvelle, n'était pas enclin à le renouveler. D'autre part, la construction du nouveau réseau de métro, symbole du décollage économique de Hong Kong, attira une grande partie des techniciens qualifiés, partis en quête de meilleurs salaires. Cet exode simultané de l'investissement et du talent provoqua la désintégration rapide de la communauté minière.
Le vestige le plus puissant de cette époque est l'usine de traitement du minerai (選礦廠). Se tenir devant sa structure colossale en béton armé, c'est ressentir le silence assourdissant qui a remplacé le vacarme des machines. La lumière filtre à travers le béton éventré, projetant des ombres sur une carcasse qui semble défier le temps. C'était le cœur battant du développement précoce de Hong Kong. Aujourd'hui, ce cœur s'est tu, mais son squelette silencieux témoigne avec force d'une ère révolue. Et pourtant, là où le cœur industriel s'est tu, la montagne a commencé à raconter une autre histoire, transformant ses plus profondes cicatrices en une beauté aussi spectaculaire qu'involontaire.

2. La Falaise du "Ciel au-delà du Ciel" : Quand une Cicatrice Devient un Paysage de Cinéma
Il est paradoxal de constater que l'exploitation industrielle, souvent synonyme de dégradation, peut parfois donner naissance, par accident, à des paysages d'une beauté dramatique. C'est le cas de l'ancienne zone d'extraction à ciel ouvert de Ma On Shan que les mineurs avaient poétiquement baptisée "天外天" ("Le Ciel au-delà du Ciel").
Jusqu'en 1957, l'extraction se faisait en plein air avant de se poursuivre sous terre. Cette zone abandonnée s'est transformée en un décor spectaculaire, un paysage de "falaises et de précipices" où l'érosion naturelle a sculpté les traces laissées par l'homme. Cette topographie théâtrale n'a pas manqué d'attirer les équipes de tournage de cinéma et de télévision, faisant de ce lieu un décor prisé. Sa valeur réside aujourd'hui dans cette "esthétique du danger", une beauté non planifiée qui naît de la rencontre entre l'industrie et la nature.
Il faut cependant souligner que cette splendeur est aujourd'hui inaccessible. Après des décennies d'abandon, les tunnels miniers se sont effondrés, les structures de soutènement sont détruites et des chutes de pierres rendent toute incursion extrêmement périlleuse. L'expérience du voyageur moderne se limite donc à contempler de loin cette "magnificence intouchable". Mais si la splendeur physique de la mine est devenue inaccessible, une autre force, bien plus immatérielle, a permis à sa communauté de survivre : la foi, qui a érigé ses propres sanctuaires au cœur même de cette hostilité.

3. La Foi au Sommet de la Montagne : L'Héritage Fragile des Missions Religieuses
L'histoire du village minier de Ma On Shan n'est pas seulement celle du travail et de l'industrie ; c'est aussi un remarquable chapitre d'humanisme et de foi face à l'adversité. Confrontés à des conditions de vie précaires, les mineurs et leurs familles ont trouvé un soutien crucial auprès de groupes religieux. Dès 1952, l'Ordre catholique des Franciscains a établi la chapelle et l'école primaire Saint-Joseph. Presque au même moment, en 1951, l'Église luthérienne fondait l'école Grace pour les enfants des employés de la mine.
Ces missions offraient bien plus qu'une aide matérielle : elles apportaient un réconfort spirituel et un accès à l'éducation. Des figures comme le pasteur luthérien Zhang Ziqian, qui a consacré sa vie à servir les mineurs, ou l'enseignante Qiu Yuzhu, issue d'une famille aisée qui choisit de devenir professeur de musique dans cette école isolée alors même qu'il n'y avait "ni salle de musique, ni piano", illustrent un dévouement désintéressé d'une force inouïe.
Pourtant, un paradoxe saisissant frappe aujourd'hui le visiteur. Alors que la foi et l'esprit de communauté ont prospéré dans l'adversité, les témoins matériels de cet héritage tombent en ruine. Le complexe de la chapelle Saint-Joseph, bien que classé monument historique de grade 2 et 3, est dans un état de délabrement avancé, menaçant de s'effondrer. La solidité spirituelle bâtie dans les temps difficiles s'effrite à une époque de paix et de prospérité. Alors que ce chapitre intense de la foi s'efface dans la précarité, une autre forme de permanence, plus ancienne et silencieuse, perdure le long du rivage, incarnée par les premiers habitants de la région.

4. L'Ombre du Banian : La Philosophie d'un Arbre "Inutile"
En contrepoint de l'histoire courte et intense de la mine se trouve celle du village Hakka de Wu Kai Sha, un monde ancien fondé sur l'autosuffisance agricole et des traditions profondément ancrées. Ici, le temps s'écoule différemment, au rythme des saisons et des récoltes. La philosophie de ce village est celle de la résilience, une force tranquille incarnée par son emblème : un immense et ancien banian.
Inscrit au registre des "Arbres anciens et précieux", ce géant végétal est une merveille de la nature, avec ses 18 racines aériennes qui soutiennent une couronne de 27 mètres de large. Mais au-delà de ses dimensions impressionnantes, cet arbre porte une signification philosophique profonde, comme l'explique un texte classique chinois :
"Le banian (榕) est synonyme de tolérance (容). Il abrite souvent les gens comme un grand édifice, les protégeant du vent et de la pluie. Et parce que son bois n'a pas d'usage, il est toléré par la hache du bûcheron. C'est pourquoi on l'appelle 'rong'." - Guangdong Xinyu (廣東新語)
Ce texte révèle une dichotomie saisissante. Le minerai de fer, ce matériau "utile", a été exploité jusqu'à l'épuisement, entraînant l'effondrement de sa communauté. À l'inverse, le banian, ce matériau "inutile", a été épargné par la hache et a pu traverser les siècles pour devenir un abri spirituel et un symbole de permanence. Si le banian de Wu Kai Sha raconte une histoire de résilience universelle, les murs d'un village voisin murmurent des secrets plus intimes, des pactes familiaux gravés dans la pierre même de leurs maisons.

5. Le Pacte Secret Gravé dans la Pierre : L'Architecture Métissée de Tai Shui Hang
L'architecture vernaculaire et les traditions orales sont de précieuses archives. Elles conservent des micro-histoires qui révèlent l'identité d'une communauté et ses interactions avec le monde extérieur. Le village de Tai Shui Hang en est un parfait exemple, avec sa légende fascinante d'un "pacte de non-mariage". La tradition raconte que les ancêtres des familles Zhang, Luo et Feng furent pris dans un typhon en mer. Dans la confusion, leurs brûle-parfums ancestraux furent mélangés. Pour éviter toute confusion future dans les lignées, les trois familles conclurent un pacte leur interdisant de se marier entre elles, une règle qui serait encore respectée aujourd'hui.
Au-delà de cette légende, le village abrite deux trésors architecturaux classés de grade 3. La maison des Zhang aux numéros 16-18, érigée entre 1910 et 1920, se distingue par son usage abondant de granit local pour les encadrements de portes, de fenêtres et les murs latéraux, une pratique aussi esthétique que rare. Non loin de là, la maison n°6, construite en 1939, est l'un des seuls bâtiments d'avant-guerre aussi bien conservés du village. Elle illustre un fascinant mélange des genres : sa structure principale en briques vertes et en granit est typiquement chinoise, tandis que le balcon de l'étage supérieur, avec ses balustrades en forme de vase, est de style occidental.
Ces bâtiments sont la preuve tangible que, même au début du XXe siècle, les communautés rurales de Hong Kong n'étaient pas totalement isolées. Elles absorbaient de manière sélective les influences étrangères pour créer un langage architectural hybride et unique. Ces murs métissés, porteurs de pactes et d'influences, nous convient à une dernière réflexion : celle sur la véritable valeur des choses, qu'elles soient extraites de la terre ou qu'elles y prennent racine.

Ce que la Montagne Nous Apprend sur la Valeur des Choses
Le voyage à travers les histoires cachées de Ma On Shan nous ramène à une question fondamentale soulevée par le contraste entre la mine et le banian : qu'est-ce qui a de la valeur ? Le minerai de fer, jugé "utile" pour sa valeur économique, a mené à une histoire d'exploitation et d'abandon. Le banian, jugé "inutile" comme matériau, a survécu pour devenir un symbole de permanence et de protection.

Peut-être que la véritable valeur de notre patrimoine ne réside pas dans son utilité économique temporaire, mais dans sa capacité à "contenir" la mémoire humaine, la résilience et les récits qui nous façonnent. Préserver le patrimoine de Ma On Shan, ce n'est pas seulement sauver de vieux bâtiments. C'est reconnaître les sacrifices des soldats célibataires dans les tunnels, le dévouement d'un pasteur et d'une enseignante sur la montagne, et le respect des pactes familiaux qui ont soudé des communautés. C'est, enfin, redonner un sens à l'humilité et à la mémoire dans une métropole souvent définie par son développement implacable et son regard tourné uniquement vers l'avenir.
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Références
- 礦場及有關歷史建築的文化意義- 沙田今昔 - 馬鞍山民康促進會, accessed October 25, 2025
- 礦山開採的歷史及目前狀況- 沙田今昔 - 馬鞍山民康促進會, accessed October 25, 2025
- 馬鞍山礦工生活- 鞍山歲月, accessed October 25, 2025
- 礦村遺產 - Grace Youth Camp, accessed October 25, 2025
- 馬鞍山礦場- 古蹟天行樂Skywalker's Heritage - 天行足跡, accessed October 25, 2025
- 堂區歷史 - 天主教聖方濟堂, accessed October 25, 2025
- (沙田)馬鞍山村五古蹟僅一活化礦場天主堂失修恐塌 - 《我家》Homemory, accessed October 25, 2025
- 馬鞍山的客家村落- 鞍山歲月, accessed October 25, 2025
- 大水坑- 沙田今昔 - 馬鞍山民康促進會, accessed October 25, 2025
- 大水坑村16-18號- 古蹟天行樂Skywalker's Heritage - 天行足跡, accessed October 25, 2025
- 大水坑村6號- 古蹟天行樂Skywalker's Heritage - 天行足跡, accessed October 25, 2025
- 加强鞍礦工業的轉型再利用—打造文化鞍山 - 維普期刊中文期刊服務平台, accessed October 25, 2025,
- 香港政府新聞網- 郊野藏故事礦洞尋歷史, accessed October 25, 2025
