(FRA) Mikawashima : Fragments d'une Histoire Perdue au Cœur de Tokyo
De la Porte Noire aux légumes d'Edo, explorez Mikawashima, le quartier de Tokyo effacé des cartes. Un voyage historique et philosophique hors des sentiers battus.
L'île de Mikawashima vu sa population quadrupler en seulement dix ans ?
L'île de Mikawashima réputée pour l'efficacité de ses traitements contre les maladies sexuellement transmissibles ?
Comment le père Lassalle a-t-il aidé les personnes marginalisées de Mikawashima?
La Quête de l'Identité Perdue
Au nord de la métropole, là où les entrelacs ferroviaires dessinent une géographie de l’urgence, subsiste le spectre d’un territoire autrefois souverain : Mikawashima. Jadis vaste étendue maraîchère nourricière de l'ancienne Edo, ce secteur a subi une métamorphose brutale sous l'ère Meiji pour devenir l'un des poumons industriels de la capitale. Pourtant, en 1932, le quartier fut dissous dans l'arrondissement d'Arakawa, avant que son nom même ne soit rayé des registres officiels vers 1969. Cet effacement administratif n'a toutefois pas tari le génie du lieu.
Comprendre Mikawashima exige de délaisser la consommation frénétique de monuments pour une archéologie du quotidien. C’est par la marche, cette observation lente des strates urbaines, que l’on exhumera l’identité d’un quartier sacrifié sur l’autel de la modernité. Arpenter ses ruelles, c'est découvrir que la première clef de cette terre oubliée ne réside pas dans l'acier, mais dans la persistance d'une signature botanique ancestrale.
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Le Renouveau de la "Aoguki" : Une Résilience Culinaire
Face à l'uniformisation industrielle, un humble végétal s'érige en symbole de résistance : l’Aoguki Mikawashima-na. Ce légume traditionnel d’Edo, pilier de l’agriculture locale avant d’être balayé par l'urbanisation, incarne aujourd'hui une forme de reconquête culturelle. Sa réintroduction dépasse le simple cadre du maraîchage ; elle constitue un acte de « Slow Food » mémoriel, transformant le sol en un vecteur de mémoire collective.
Cette résilience doit beaucoup à l’engagement citoyen. L'école primaire Ogumiyamae, sous l'égide d'experts tels que M. Mitsumasa Miyadera, a intégré la culture de ce légume dans son cursus, créant un pont tangible entre les générations.
« La croissance de ces légumes a atteint un niveau professionnel tel qu'elle a suscité l'étonnement du surintendant de l'éducation lui-même lors de ses visites. »
Cette victoire du végétal sur le bitume rappelle que si la terre nourrit les corps, elle conserve également, en ses recoins les plus sombres, les stigmates des déchirures nationales.

Les Impacts de la Guerre : Les Balles Perdues du Temple Entsu-ji
L'histoire de Mikawashima est indissociable des tragédies de la fin du Shogunat. En 1868, lors de la guerre de Boshin, la milice Shogitai — les derniers défenseurs du Shogun — fut décimée lors de la bataille d’Ueno. Leurs dépouilles, abandonnées par le nouveau pouvoir, furent l’objet d’un acte de bravoure spirituelle unique : le prêtre du temple Entsu-ji brava l'interdit politique pour offrir une sépulture digne à ces 105 vaincus.
Cette vocation de refuge pour les mémoires exclues n’est pas fortuite, le temple se trouvant à proximité immédiate de Kozukappara, l’un des plus grands lieux d’exécution de l’ère Edo. En reconnaissance, la « Porte Noire » (Kuro-mon) du temple Kan'ei-ji fut transférée ici. Ses montants, constellés d'impacts de balles, offrent un lien viscéral avec la violence fondatrice du Japon moderne. Entsu-ji demeure ce sanctuaire où l’histoire des perdants est préservée avec une dignité égale à celle des vainqueurs, transformant le quartier en un conservatoire des âmes réprouvées.

Miminashi Fudo : La Métamorphose d'une Divinité de l'Ombre
Au sein du sanctuaire Mitsumine, le voyageur rencontre une figure troublante : le Miminashi Fudo, ou « l’Immobile sans oreilles ». Son origine puise dans une légende mélancolique liant le prêtre Kohei à la courtisane Okinu, une romance tragique née dans l’ombre du quartier des plaisirs de Yoshiwara et immortalisée par la littérature populaire d'Edo.
L’intérêt majeur de cette statue réside dans la mutation fascinante de sa fonction spirituelle. À l’origine, cette divinité était invoquée par les habitués de Yoshiwara pour guérir les « maladies des fleurs » (maladies vénériennes). Avec la disparition du quartier des plaisirs, on a assisté à un processus de « purification sociale » de la mémoire : la divinité est désormais priée pour les affections de l'oreille. Ce glissement vers une pathologie médicalement acceptable illustre comment une communauté réécrit ses mythes pour les rendre fréquentables, tout en conservant le rituel singulier de l'offrande de bols percés, dont le vide semble appeler au silence des souffrances anciennes.

Phares du bidonville industriel : l’expérience sociale du père Lassalle
Dans les années 1930, le poids conjugué de l’industrialisation rapide et du tremblement de terre de Kantō de 1923 avait transformé Mikawashima en une « zone de pauvreté » d’une extrême précarité. En 1931, le père Hugo Lassalle fonda le « Centre de Mikawashima », une expérience sociale conçue pour offrir un havre de dignité au milieu de la misère industrielle. Lassalle n’observait pas la pauvreté de loin ; il y vivait, dispensant des cours d’anglais, des dispensaires et un service social. Ce centre fut un précurseur de l’État-providence japonais moderne, faisant de ce quartier « marginalisé » un laboratoire essentiel pour le changement social. C’est précisément cette densité industrielle – les immeubles surpeuplés et les usines bourdonnantes – qui nécessita l’infrastructure qui allait finalement être à l’origine de la plus grande tragédie du quartier.

Les Rails du Destin : Entre Tragédie et Lenteur
Le paysage de Mikawashima est balafré par le rail, témoin d'une dualité entre progrès et sacrifice. Le 3 mai 1962, le quartier fut le théâtre d'une collision ferroviaire massive sur la ligne Joban, coûtant la vie à 155 personnes. Cette catastrophe, née de la « violence de la vitesse » industrielle, marqua un point de rupture définitif, forçant le Japon à une refonte totale de sa sécurité nationale.
À cette efficacité meurtrière s'oppose la « philosophie de la lenteur » du Tokyo Sakura Tram (ligne Toden Arakawa). Dernier survivant des tramways de la capitale, il survit non par nécessité technique, mais comme un choix délibéré de préservation. Là où la ligne Joban fend le quartier, le tramway le caresse, épousant le rythme des maisons basses. Il n’est plus un transport, mais un monument mobile, une invitation à la contemplation loin du tumulte des flux automatisés.

Itinéraire de l'Axe Culturel et Trésors Cachés
Pour ressentir la vibration de ce Tokyo invisible, nous vous suggérons un parcours reliant ces points de rupture mémorielle :
- Temple Entsu-ji : Méditation devant la Porte Noire et ses stigmates guerriers.
- Rue commerçante Joyful Minowa : Une immersion sensorielle sous des arcades au charme suranné.
- Sanctuaire Mitsumine : Observation rituelle des bols percés du Miminashi Fudo.
Histoire Clé | Expérience Sensorielle | Trésor Caché |
Résilience Botanique | Goût terreux et frais de la "Aoguki" | Jardins communautaires |
Bravoure des Vaincus | Texture rugueuse des impacts de balles | La Porte Noire |
Spiritualité des Ombres | Vision des bols de riz suspendus | Miminashi Fudo |
Mémoire du Rail | Rythme lent et balancement du tramway | Toden Arakawa |
Artisanat Centenaire | Arôme puissant du soja fermenté | Sakagami Shoten |
Poussez la porte des bains publics Daikatsuyu pour une immersion totale dans l'atmosphère shitamachi, où l'eau chaude et les boiseries patinées racontent le Tokyo des années passées.
Conclusion : Une Méditation sur les Cœurs Perdus de Tokyo
La valeur d'un lieu réside-t-elle dans son inscription cadastrale ou dans la persistance de ses récits ? Mikawashima nous enseigne que l'identité locale possède une résilience que la bureaucratie urbaine ne saurait étouffer. Que ce soit par le goût d'un légume oublié, la trace d'une balle de plomb, une prière transfigurée ou le passage d’un tramway centenaire, l’âme de ce quartier survit dans ses fragments.
Cette exploration nous invite à interroger notre propre rapport à la ville : ce que nous choisissons de préserver définit notre humanité. Dans notre quête d'une modernité toujours plus lisse, quels « cœurs perdus » laissons-nous sombrer sous le béton ?
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Préparer votre immersion à Mikawashima
- Accès : Le quartier est idéalement desservi par la gare de Minami-Senju (Lignes JR, Hibiya et Tsukuba Express) ou par le tramway Toden Arakawa (arrêt Arakawa-kuyakusho-mae).
- Hébergement recommandé : Pour vivre au rythme de la "vie quotidienne" (shitamachi), privilégiez les petites auberges familiales ou les guesthouses près de Minowa. Ces refuges sont parfaits pour observer l'éveil d'un quartier authentique, loin des circuits touristiques standardisés.
Références
- Tokyo City - accessed October 13, 2025
- 三河島町 - accessed October 13, 2025
- Arakawa, Tokyo - accessed October 13, 2025
- 荒川ゆうネットアーカイブ > 歴史探訪 - 荒川区, accessed October 13, 2025
- 地元の伝統野菜・青茎三河島菜の生育に荒川区の教育長もびっくり。 - 江戸東京野菜通信, accessed October 13, 2025
- 荒川ふるさと文化館刊行物のご案内「子ども向け歴史読本『あらかわ今昔ものがたり』」, accessed October 13, 2025
- 坂上商店 - 荒川区, accessed October 13, 2025
- 東京万景 荒川区南千住 円通寺|消雲堂 - note, accessed October 13, 2025
- 円通寺/荒川区観光公式サイト, accessed October 13, 2025
- 三峰神社 袈裟塚(けさづか)の耳無不動 - 荒川区, accessed October 13, 2025
- 荒川ゆうネットアーカイブ > 特集 > 荒川区再発見7「荒川」> 三峰神社, accessed October 13, 2025
- SOPHIA ARCHIVES ONLINE EXHIBITION(The 4th Online ..., accessed October 13, 2025
- 15 Mikawashima Stock Photos, High-Res Pictures, and Images, accessed October 13, 2025
- 食べ歩きにオススメ!レトロな商店街【ジョイフル三の輪】をご紹介します, accessed October 13, 2025
- 東京都荒川区の呉服店一覧 - NAVITIME, accessed October 13, 2025




