(FRA) Au-delà des pains de sucre : Comment la peste de 1894 a sculpté l'âme de Cheung Chau
Découvrez comment la peste de 1894 a façonné l'urbanisme et les rituels de Cheung Chau, créant une frontière entre ségrégation coloniale et sacré.
Comment la peste de 1894 a-t-elle façonné le festival de Cheung Chau ?
Quel était l'impact des politiques coloniales de ségrégation sanitaire sur l'île ?
Comment la tradition du « grimpé de tour de pains » a-t-elle évolué ?
Cet article fait suite à «Cheung Chau : Une Odyssée Temporelle au Cœur de la Géographie et de la Mémoire de Hong Kong » et continuera d'explorer la relation et l'influence mutuelle entre la peste de Hong Kong de 1894 et le festival des petits pains de Cheung Chau.

La trace des épidémies dans le paysage
Pour le voyageur distrait, Cheung Chau n'est qu'une parenthèse balnéaire, une escapade dominicale célèbre pour ses collations pittoresques. Pourtant, pour l'historien-géographe, cette île est un palimpseste où chaque ruelle étroite porte les stigmates de la troisième pandémie mondiale de peste noire. En 1894, alors que Hong Kong devenait l'épicentre d'une crise sanitaire majeure, Cheung Chau ne fut pas seulement une victime ; elle devint un laboratoire de gestion coloniale et le sanctuaire d'une culture menacée. L'organisation spatiale de l'île doit être lue comme une véritable stratigraphie urbaine : sous les pas des passants, les couches de l'histoire révèlent comment une tragédie sanitaire a engendré le festival le plus emblématique de la région. Comprendre Cheung Chau aujourd'hui exige de remonter le fil du temps jusqu'aux rues saturées de 1894, là où l'odeur âcre du désinfectant se mêlait aux fumées d'encens.
Escuche atentamente las fascinantes historias de la historia del turismo
De Tai Ping Shan à Pak She : La migration d'une « Technologie Spirituelle »
Lorsque la peste dévaste le quartier de Tai Ping Shan à Hong Kong en mai 1894, la réponse britannique est d'une violence martiale. Sous l'influence de la théorie des miasmes, la « Whitewash Brigade » (brigade de blanchiment) de l'armée pénètre de force dans les foyers, brûle les possessions et déporte les malades. Face à cette dépossession corporelle et spatiale, la communauté Haifeng (Fulao) déploie une « technologie spirituelle » : le culte de Pak Tai.
Le culte migre alors spécifiquement vers la rue Pak She à Cheung Chau, fuyant les restrictions coloniales imposées sur l'île de Hong Kong. Le temple actuel ne fut pas qu'un refuge, mais le terminal d'une fuite spirituelle.
« Pak Tai (l'Empereur du Nord) dans le système taoïste n'est pas seulement le dieu de l'eau, mais le souverain du Nord qui soumet les démons et réprime les pestes, possédant une personnalité divine fortement militarisée. »
Cette divinité guerrière était la seule réponse logique à la "Whitewash Brigade". En déplaçant la statue de Pak Tai, la communauté a réaffirmé sa souveraineté, jetant les bases d'une géographie sacrée où le rituel sert de rempart contre l'intrusion administrative.

L'Ordonnance de 1919 : L'hygiène comme outil de ségrégation
La peur de la peste s'est institutionnalisée en 1919 avec l'Ordonnance de résidence de Cheung Chau (n°14). Sous prétexte de protection sanitaire, le gouvernement a créé une frontière raciale stricte, divisant l'île entre le village chinois "chaotique" et le « Dumbbell Island Southern Portion », une zone réservée aux Européens et missionnaires.
Quinze bornes de granit (Boundary Stones) furent érigées pour matérialiser cette ligne invisible. L'impact de cette ligne "sanitaire" sur le paysage urbain de Peak Road est encore palpable :
- Une stratification raciale absolue : En 1938, sur les 36 résidences des hauteurs, aucune n'appartenait à un Chinois.
- Le paradoxe de la préservation : En excluant les Chinois des hauteurs, cette ségrégation a paradoxalement "sauvé" le village bas de l'aseptisation coloniale, lui permettant de conserver son labyrinthe organique.
- La transformation de l'altitude en privilège : L'air pur des sommets devint une propriété coloniale, tandis que les locaux furent confinés dans l'espace portuaire.
Cette division a forcé les structures claniques à s'organiser de manière autonome, renforçant leur pouvoir local.

La Dynastie Wong Wai Tsak Tong : La féodalité du sol et du sacré
Au cœur de cette résistance se trouve le clan Wong Wai Tsak Tong. Depuis l'ère Qianlong, ce clan contrôlait 90 % des terres privées. Le pivot de cette hégémonie fut le "Block Crown Lease" de 1905. Incapable de gérer l'administration de terres jugées "insalubres", le gouvernement colonial a délégué sa gestion au clan.
S'est alors instaurée une « gouvernance à deux voies ». Le clan finançait le sacré — notamment le festival — pour verrouiller le foncier. Le festival des pains de sucre n'était pas qu'une fête ; c'était une démonstration de souveraineté locale face à l'État colonial, prouvant que la gestion de l'espace et de la santé appartenait aux détenteurs traditionnels du sol.

L'Hôpital Fong Bin : Préserver la dignité face à la science coloniale
Alors que la médecine occidentale était perçue comme une science de déportation, l'Hôpital Fong Bin offrait un bastion de dignité. Fondé par des notables et des pêcheurs, il ne pratiquait pas seulement la médecine traditionnelle, mais assurait une fin de vie respectueuse.
Il existait une synergie profonde entre cet établissement et les rituels du festival. Tandis que l'hôpital gérait la mort physique, le festival, par ses rites de Chao You (祭幽), gérait la mort sociale et spirituelle des victimes de la peste sans sépulture. C'était une approche holistique de la santé communautaire opposée à la vision britannique purement prophylactique.

1978, l'année du basculement : De l'exorcisme au patrimoine mondial
En 1978, l'effondrement d'une tour de pains de sucre a marqué la fin de l'ère du sacré brut. Le festival a entamé sa mutation : ce qui était un rite d'exorcisme est devenu une « Invention of Tradition » (invention de la tradition), passant du bambou à l'acier, et du pain sacré au souvenir en plastique. Même la modernité globale s'y est intégrée, comme en témoigne le burger végétarien de McDonald's, adaptation insolite au jeûne rituel.
Caractéristiques | Festival Pré-1978 (Sacré/Communautaire) | Festival Post-2005 (Sportif/Patrimonial) |
Objectif | Exorcisme et apaisement des esprits | Tourisme et patrimoine immatériel |
Matériaux | Bambou traditionnel | Structures en acier sécurisées |
Participation | Compétition clanique organique | Compétition athlétique réglementée |
Adaptation | Pratiques locales strictes | Hybridation (ex: McDonald's végétarien) |

Le Trésor Caché
Lors de votre marche vers les hauteurs, cherchez la Borne de Limite n°14, près de l'Hôpital St. John. Prenez le temps d'effleurer la texture rugueuse de son granit. Ce modeste bloc est la cicatrice physique de la "ligne rouge" sanitaire. C’est ici que s’arrêtait le monde des locaux et que commençait la réserve coloniale. Elle est l'objet qui matérialise, mieux que n'importe quel discours, la ségrégation par l'hygiène.
Conclusion : La ville comme archive sédimentaire
Comprendre Cheung Chau, c’est explorer une ville-archive. Chaque ruelle et chaque temple raconte une strate de la lutte contre l'épidémie. La résilience humaine a transmuté la terreur de la peste en une célébration vibrante de la vie. Cependant, alors que les traces de 1894 s'effacent au profit de la consommation touristique, on peut se demander : si le rite perd sa fonction protectrice originale, que reste-t-il de l'âme de Pak Tai sous l'acier des tours modernes ?
Pour d'autres explorations des strates cachées de l'histoire, abonnez-vous à nos récits spatiaux.
Informations Pratiques
Organiser votre marche historique
- S'y rendre : Ferry depuis Central Pier 5 (30 min en service rapide).
- Séjour : Privilégiez les hébergements près de la plage de Tung Wan pour ressentir le calme nocturne de l'île.
- Conseil de marche : Parcourez le quartier de Pak She au petit matin, lorsque le calme permet de saisir la topographie originelle du village, loin de l'agitation commerciale du port.

Références et lectures complémentaires
- 1894 Hong Kong plague, accessed February 26, 2026,
- 1894年香港鼠疫-, accessed February 26, 2026,
- Kwan, Benjamin: The 1894 Bubonic Plague 68 - History, accessed February 26, 2026,
- the 1894 Hong Kong Plague in Two English Medical Journals - Mattioli 1885, accessed February 26, 2026,
- (PDF) Reorganizing Hospital Space: The 1894 Plague Epidemic in Hong Kong and the Germ Theory* - ResearchGate, accessed February 26, 2026,
- Selfless Dedication in the Time of Plague, accessed February 26, 2026,
- The Hong Kong Plague Medal | HKMJ, accessed February 26, 2026,
- 非物質文化遺產與東亞地方社會, accessed February 26, 2026,
- History of Cheung Chau: Pirates, Rituals and Segregation, accessed February 26, 2026,
- Yuk Hui Temple (Pak Tai Temple), Cheung Chau - Chinese Temples Committee - 華人廟宇委員會, accessed February 26, 2026,
- 長洲玉虛宮(北帝廟) - 華人廟宇委員會, accessed February 26, 2026,
- 長洲太平清醮:傳承百年的香港非遺盛典 - 拍拖好去處, accessed February 26, 2026,
- 長洲太平清醮 - 香港非物質文化遺產資料庫, accessed February 26, 2026,
- 香港天主教診所歷史, accessed February 26, 2026,
- 長洲太平清醮的流變, accessed February 26, 2026,
- governing health and space in colonial Hong Kong and Shanghai Freddie Stephenson Student ID - - Nottingham ePrints, accessed February 26, 2026,
- 從長洲節慶到香港節日: 從星島日報看長洲太平清醮的演變,1946-1965 - Publication, accessed February 26, 2026,
- 長洲鼠疫, accessed February 26, 2026,
- 長洲太平清醮的流變, accessed February 26, 2026,
- 節日商業化對民間宗教傳承的影響: 以長洲太平清醮爲例, accessed February 26, 2026,
- CORPORATE BROCHURE 2023/2024 - 東華三院, accessed February 26, 2026,
- Reorganizing Hospital Space: The 1894 Plague Epidemic in Hong Kong and the Germ Theory* - PMC, accessed February 26, 2026,
- 保育與旅遊共存搶包山去社團化, accessed February 26, 2026,
- 長洲北帝廟與太平清醮, accessed February 26, 2026,
- 香港故事|從瘟疫到非遺,看太平清醮飄色巡遊搶包山, accessed February 26, 2026,
- Cheung Chau Jiao Festival - Home - Intangible Cultural Heritage Office, accessed February 26, 2026,
- Cheung Chau bun festival - to home with love, accessed February 26, 2026,






