Le Mur de l'An 51 : Rennie's Mill, les Lieux de Mémoire des Vaincus et l'Oubli Organisé à Hong Kong

Un mur de briques à Tseung Kwan O porte six caractères gravés : République de Chine, An 51. C'est la dernière cicatrice visible d'une des géographies politiques les plus singulières du XXe siècle — et le toponyme qui la recouvre est lui-même un mensonge.

Share
Le Miroir Brisé _ Un jour à travers l_exil, les mythes et les ombres de la Guerre Froide à Hong Kong
Le Miroir Brisé _ Un jour à travers l_exil, les mythes et les ombres de la Guerre Froide à Hong Kong
Cet article revêt pour moi une signification particulière : j’y ai passé mon enfance, c’est un véritable paradis ; bien qu’il n’y ait ni voitures ni gratte-ciel, le lieu offre montagnes et étendues d’eau — un petit coin bien à soi — et j’y vis depuis plus de dix ans.
Hong Kong Historical Travel Stories – Old Streets, Harbours & City Memories
Explore Hong Kong through historical travel stories and guides. Discover old streets, harbours and neighbourhoods filled with memories and cultural heritage.

Ce texte est un essai de voyage historique consacré à Tiu Keng Leng — connu jusqu'en 1997 sous le nom de Rennie's Mill — dans le district de Tseung Kwan O, à Hong Kong. Il traverse cinq couches d'histoire enfouies sous une ville nouvelle surgies presque du néant : une communauté de pêcheurs Tanka et son nom effacé, un moulin à farine dont l'échec tua son fondateur, une enclave de la République de Chine maintenue pendant quarante-six ans au sein du territoire britannique, une émeute de guerre froide déclenchée par un drapeau, et une évacuation politique orchestrée à l'heure de la rétrocession. Le lecteur y trouvera un itinéraire, une bibliographie et une compréhension radicalement altérée de ce qu'un toponyme peut dissimuler.


Le Punctum et le Lieu de Mémoire

Il existe, dans la nouvelle ville de Tseung Kwan O, à la périphérie orientale de Hong Kong, un mur de briques qui résiste.

Non pas à la démolition — aucun arrêté ne le protège, aucun classement officiel ne garantit sa pérennité. Il résiste à autre chose : à l'absorption totale dans le présent. Les immeubles qui l'encerclent appartiennent au XXIe siècle, blancs, hauts, indifférents à ce qu'ils remplacent. Le mur, lui, appartient à une temporalité que la ville environnante a déclaré révolue.

Six caractères chinois classiques y sont gravés en relief : 中華民國五十一年. La République de Chine, An Cinquante et Un. Soit, en calendrier grégorien, 1962. Aucune plaque n'explique l'inscription. Aucun groupe de visiteurs ne s'y arrête. La station de métro voisine s'appelle Tiu Keng Leng — un toponyme qui, si l'on remonte sa généalogie phonétique à travers trois couches successives d'altération, de mort et d'euphémisme bureaucratique, signifiait autrefois quelque chose de violent et d'étrange. Cette étymologie non plus n'est signalée nulle part.

Roland Barthes, dans La Chambre claire, distinguait dans l'image photographique le studium — le champ culturel partagé qui permet à l'image d'être lisible — et le punctum, ce détail qui « point », qui blesse, qui accroche le regard et refuse de le lâcher. Ce mur de briques est un punctum urbain. Dans le studium banal de la nouvelle ville — ses tours résidentielles, ses galeries marchandes, ses nœuds de transit —, il surgit comme une anomalie temporelle, une blessure dans la trame du présent.

Pierre Nora, de son côté, a forgé la notion de lieu de mémoire pour désigner ces points où la mémoire s'est cristallisée, condensée en un objet, en un site, en une pratique — précisément parce que le milieu de mémoire dont il procède, le tissu vivant et organique qui le maintenait en vie, a disparu. « Il n'y a de lieux de mémoire », écrit-il dans la préface des Lieux de mémoire (1984), « que parce qu'il n'y a plus de milieux de mémoire. » La mémoire vivante meurt ; le monument reste.

Ce mur de briques est un lieu de mémoire par défaut. Fragment survivant de ce qui fut autrefois un milieu de mémoire vivant, organique, communautaire — le territoire improbable d'une République dans l'exil, maintenu pendant quarante-six ans dans les marges du Hong Kong britannique — il tient lieu de tout ce qui a été rasé : les écoles, les hôpitaux, les rues, les mâts de drapeau, les maisons. Devant lui, on comprend ce que Nora entendait par là : que la mémoire, une fois amputée de ses milieux naturels, cherche des supports. Et que lorsque ces supports eux-mêmes sont condamnés, il ne reste plus qu'un mur que personne ne regarde.

Ce qui s'est passé ici — ce que le mur encode, ce que le toponyme dissimule — est l'une des géographies politiques les plus singulières du XXe siècle. Il convient de la reconstituer couche par couche, comme on lit un palimpseste.

CTA Image

Escuche atentamente las fascinantes historias de la historia del turismo

En la radiodifusión convers

I. Le Premier Effacement : Les Pêcheurs Tanka et la Crête du Miroir

Avant le mur, avant le moulin, avant les soldats et les drapeaux et les promesses trahies, ce rivage appartenait aux Tanka.

Les Tanka — dont le nom est disputé, peut-être dérivé d'un terme cantonais désignant la rondeur de leurs coques de bateaux — constituent l'une des plus anciennes communautés maritimes de la mer de Chine méridionale. Pendant des siècles, les dynasties chinoises successives leur ont refusé le droit de s'établir à terre, de se présenter aux examens impériaux, d'accéder aux charges de la bureaucratie qui régissait la vie terrestre. La mer était leur seul domaine. Nommer les eaux était la seule forme de souveraineté qui leur fût accessible.

À la baie nichée au pied de ce qui s'appelle aujourd'hui Tiu Keng Leng, les pêcheurs Tanka donnèrent le nom de Chiu Keng Wan — la Baie du Miroir, ou l'Anneau du Miroir —, pour désigner une baie presque parfaitement circulaire, abritée sur trois côtés par des collines, dont les eaux atteignaient par temps calme cette qualité de quiétude où la surface cesse de ressembler à de l'eau et devient une nappe solide, ininterrompue de ciel. La colline qui la surplombait, ils l'appelèrent Chiu Keng Leng : la Crête du Miroir.

Ce nom ne survécut pas. Les Tanka n'avaient aucune voix dans les registres officiels, aucune présence dans la cartographie administrative. Lorsque la machinerie de gestion coloniale des terres arriva dans le sillage de la concession britannique des Nouveaux Territoires en 1898, le vocabulaire des pêcheurs fut simplement recouvert. L'annuaire de 1819 du district de Xin'an — l'unité administrative dont ce territoire dépendait alors — ne mentionne même pas la baie. Elle était, pour les cartographes, une marge.

0:00
/1:23

The Erased Mirror bay of Hong Kong

Mais le nom portait quelque chose que les cartographes ne pouvaient pas anticiper : une description du caractère le plus profond du lieu. La Crête du Miroir. Un endroit où ce qu'on voit est toujours le reflet d'ailleurs — jamais tout à fait lui-même.

C'est ce que Marc Augé, dans Non-Lieux (1992), appelle la mémoire des origines : cette première nomination, intime et précise, qui ancre un espace dans une expérience vécue avant que les abstractions administratives ne viennent le vider de cette substance. Les Tanka avaient fait de cette baie un espace anthropologique, pour reprendre la terminologie d'Augé — un lieu de sens, d'histoire partagée, d'identité collective. Sa disparition du registre toponymique est le premier acte d'une longue série d'effacements.

Le Premier Effacement : Les Pêcheurs Tanka et la Crête du Miroir
Le Premier Effacement : Les Pêcheurs Tanka et la Crête du Miroir

II. La Mort de Rennie et la Palimpseste Toponymique

Le quatorze avril 1908, un entrepreneur canadien du nom d'Alfred Herbert Rennie tomba — ou se jeta — du pont de son embarcation privée, le Canada, alors qu'elle traversait le détroit de Lei Yue Mun. Son corps fut repêché le matin même. Le China Mail de Hong Kong consacra au fait divers un bref paragraphe qui, dans le style de l'époque, évitait soigneusement le mot suicide.

Rennie était arrivé à Hong Kong en 1890 comme représentant commercial d'une firme meunière de Portland, Oregon. Après la concession des Nouveaux Territoires, il avait acquis 127 acres de terrains dans la baie que les Tanka appelaient Baie du Miroir pour y construire un moulin à farine destiné au marché chinois — un projet qu'il avait su adosser aux capitaux de deux des personnalités les plus éminentes du Hong Kong colonial : Sir Paul Chater, fondateur de Hongkong Land, et H.N. Mody, l'un des créateurs du Star Ferry. Le moulin ouvrit en 1907, salué comme « l'une des plus importantes entreprises industrielles d'Extrême-Orient ». Il ferma onze mois plus tard, déficitaire dès le premier jour.

Ce qui m'intéresse ici n'est pas la faillite de Rennie, mais ce qu'elle fit au toponyme.

La rumeur qui circula dans les milieux cantonais de Hong Kong fut que le propriétaire du moulin s'était pendu à l'intérieur de la fabrique. C'était faux — il s'était noyé en pleine mer. Mais en phonétique cantonaise, la distance entre chiu keng (照鏡, « miroir ») et diu geng (吊頸, « se pendre ») est infime : une seule consonne initiale sépare le nom d'origine de la baie d'une description de la mort apocryphe de son dernier propriétaire. Les deux sons se confondirent, et Chiu Keng Leng devint Diu Geng Leng : la Crête du Pendu.

L'administration coloniale, embarrassée par l'aura funèbre du toponyme — dans la tradition géomantique chinoise, un lieu associé à la pendaison accumule une malignité particulière et persistante —, lui substitua finalement un troisième nom. Elle choisit des caractères de prononciation cantonaise identique (Tiu Keng Leng) mais au sens anodins : « ajuster » et « paysage ». Inoffensif. Neutre. Nettoyé.

Le geste mérite qu'on s'y arrête. Paul Ricœur, dans La Mémoire, l'histoire, l'oubli (2000), distingue l'oubli de réserve — la mémoire qui sommeille et peut être réactivée — de l'oubli d'effacement, celui qui supprime les traces et rend la remémoration impossible. Le remplacement de Diu Geng Leng par Tiu Keng Leng relève de cette seconde catégorie : non pas l'oubli naturel qui accompagne le passage du temps, mais l'oubli fabriqué, instrumental, qui choisit quelle trace doit survivre et sous quelle forme.

Trois noms, trois strates, trois effacements :

Nom Signification Nature de l'effacement
Crête du MiroirChiu Keng Leng La crête qui réfléchit comme un miroir Effacement colonial par cartographie administrative
Crête du PenduDiu Geng Leng La crête de celui qui s'est pendu Effacement bureaucratique par euphémisme phonétique
Tiu Keng Leng / Rennie's Mill Ajustement du paysage / moulin de Rennie Coquille phonétique vide de tout contenu mémoriel

C'est la structure même du palimpseste : un parchemin dont on a gratté le texte originel pour y écrire un nouveau texte, mais sous lequel l'ancien demeure lisible pour qui sait regarder. Patrick Modiano — dont toute l'œuvre pourrait se résumer à la tentative obstinée de lire des palimpsestes urbains — a consacré des dizaines de romans à ce geste : partir d'une adresse, d'un nom dans un registre de police, d'une photographie sans légende, et tourner autour de ce fragment jusqu'à ce que quelque chose de la vérité engloutie commence à filtrer. Ce mur de Tiu Keng Leng est un objet Modiano par excellence : un fragment qui résiste à l'absorption dans le présent, qui signale une présence que l'on cherche à rendre invisible, et dont l'obstination même — sa façon de persister sans protection officielle — est le seul acte de mémoire qui lui reste.

0:00
/1:15

The Deadly Pun That Cursed A City Map


La Géographie Sacrée et la Veine Flottante : Le Feng Shui comme Lecture du Destin

Note sur le registre interprétatif qui suit : l'analyse qui vient utilise le cadre cosmologique chinois du feng shui (風水) et la théorie des veines du dragon (龍脈). Il s'agit de la tradition autochtone de lecture du paysage des communautés qui ont habité cette zone depuis des siècles, et elle est abordée ici avec le même sérieux analytique que l'on réserverait à n'importe quel autre système de compréhension des rapports entre géographie et destin humain.

Le feng shui classique postule que la terre conduit une énergie vitale — le qi — le long de canaux appelés long mai (龍脈), les veines du dragon. Ces canaux, tracés par les praticiens à travers les lignes de crêtes, de montagnes et de cours d'eau, déterminent où les établissements humains prospèrent et où ils échouent. La position d'un site au sein de ce réseau — la direction de sa « montagne de soutien », la qualité de son embouchure d'eau, son emplacement dans le binaire dragon-tigre de la topographie environnante — est comprise comme son destin géomantique.

Pour la cuvette de Tseung Kwan O, ce destin est inscrit dans les lignes de crête.

La veine principale du dragon du district descend de Fei Ngo Shan (le Pic de Kowloon, 602 mètres) et frappe vers l'est avant de s'ancrer dans Che Ku Shan (431 mètres), d'où des canaux secondaires distribuent l'énergie dans la vallée de Tseung Kwan O. Les deux formes de terrain dominantes de part et d'autre de la baie établissent ce que les praticiens de feng shui appellent une « formation en tenaille » (鉗勢) : Keng Hau, au nord, occupe la position du dragon azul à gauche — le côté primaire, yang, génératif de tout site géomantique. Rennie's Mill, lui, se trouve dans la position du tigre blanc à droite — secondaire, yin, protecteur, fondamentalement subordonné. Le tigre blanc garde le cœur ; il ne le crée pas. Son rôle est custodial, non souverain.

Mais c'est l'évaluation plus spécifique de la veine du dragon à Rennie's Mill qui retient l'attention : elle est décrite comme mai ruo piao fu (脈弱飄浮) — « faible et flottante ». L'énergie qui arrive ici est atténuée, incapable de se concentrer en ce point de culmination — le jie xue — dont dépend la prospérité durable d'un établissement. Le qi se disperse avant d'avoir pu être retenu.

Faible et flottante : un diagnostic qui sonne, avec le recul de l'histoire, moins comme de la géomancie que comme de la prophétie.

Tout ce qui s'est installé à Rennie's Mill — le moulin à farine de Rennie, l'enclave de la République de Chine qui lui succéda — fut construit avec un effort extraordinaire et finit par se révéler incapable de se maintenir. Non par manque de sérieux ou de détermination chez ceux qui bâtirent : le moulin avait l'appui du capital le plus puissant du Hong Kong colonial ; la communauté de réfugiés qui suivit soutint des écoles, des hôpitaux, des routes et des maisons d'édition pendant près d'un demi-siècle. L'échec était structurel. Le qi du lieu, dans le cadre dans lequel cette terre a toujours été comprise, ne se rassemblait pas. Il traversait et passait.

Et sous tout cela : le nom le plus ancien, Chiu Keng Leng, la Crête du Miroir. Dans la tradition taoïste qui sous-tend le feng shui, un miroir de bronze est un objet double : il révèle ce qui est vrai, mais il laisse aussi entendre que ce que l'on voit dans sa surface est toujours une représentation, jamais une présence. Un établissement construit sur la Crête du Miroir est, par définition, l'image de quelque chose situé ailleurs.


Cue sensorielle holographique (Holographic Sensory Cue) :

Trois heures de l'après-midi, un mardi d'octobre, devant le bâtiment-dortoir rescapé de Tiu Keng Leng. Le soleil entre depuis le sud-ouest à un angle bas et rasant. La brique est de la couleur du sang séché, un rouge-brun profond que soixante ans d'air salin ont strié de dépôts minéraux blancs — la signature lente de la mer sur la surface du mur. À cette heure et sous cet angle, les traits sculptés de 中華民國五十一年 projettent des ombres assez étroites pour donner aux caractères de la profondeur : ils semblent non pas gravés dans la surface, mais extrudés depuis l'intérieur, comme si l'inscription poussait vers l'extérieur de l'intérieur de la brique. Passer un doigt sur le tracé d'un caractère : le bord s'effrite légèrement, granuleux, minéral, l'angle de chaque coupe arrondi par des décennies d'intempéries. Les immeubles sur les trois côtés — enduit blanc, châssis de fenêtres en aluminium, fils à linge — projettent une lumière plate et uniforme qui ne fait aucune concession à l'âge du mur de briques. Bruit de la circulation sur la route de Tseung Kwan O. Quelque part derrière les ensembles résidentiels, le son d'une perceuse. L'inscription de 1962 et les tours des années 2020 se regardent à travers un mètre cinquante d'air et soixante-trois ans de rupture historique.

La Mort de Rennie et la Palimpseste Toponymique
La Mort de Rennie et la Palimpseste Toponymique

III. Les Vaincus qui Construisirent une Nation

À l'été 1950, le gouvernement de Hong Kong fit quelque chose qu'il allait passer les quatre décennies suivantes à discrètement prétendre ne pas avoir fait.

Dans les mois qui suivirent la proclamation de la République Populaire de Chine, en octobre 1949, Hong Kong absorba un afflux de population d'une ampleur extraordinaire. Des centaines de milliers de réfugiés franchirent la frontière — ouvriers d'usine, intellectuels, commerçants, fonctionnaires et soldats démobilisés de l'armée nationaliste vaincue de Chiang Kai-shek. La population de la colonie passa d'environ 600 000 habitants en 1945 à plus de 2,1 millions en 1951. Les plus politiquement sensibles parmi les arrivants étaient les soldats de la République de Chine : ouvertement anticommunistes, organisés militairement, et maintenant une loyauté farouche envers un gouvernement qui revendiquait toujours représenter l'ensemble de la Chine depuis son exil à Taïwan.

La position britannique était impossible par construction. Armer ou organiser ces soldats revenait à fournir à Pékin un prétexte d'hostilité envers la colonie. Les rapatrier de force était un désastre humanitaire. Les disperser dans la population générale de Hong Kong, c'était introduire une faction armée politiquement dans une ville déjà sous tension. La solution à laquelle aboutit l'administration fut élégante dans son cynisme : les soustraire au regard. Les placer dans un endroit suffisamment éloigné pour que leur existence pût être gérée à distance, reconnue de façon minimale, et — si nécessaire — déniée.

0:00
/1:07

The Forgotten Republic Inside British Hong Kong

En juin 1950, quelque six mille soldats nationalistes furent relocalisés vers le site du moulin désaffecté de Rennie, au fond de la crique de Tseung Kwan O. Dans les mois qui suivirent, entre dix mille et vingt mille réfugiés civils sympathisants de la République de Chine les rejoignirent. L'établissement fut baptisé « camp de réfugiés ». La Police Royale de Hong Kong reçut pour instruction, dans les faits, de rester à l'écart. Pendant plus d'une décennie, le camp fonctionna hors de la juridiction coloniale ordinaire.

Ce qui germa dans ce vide juridictionnel fut rien moins qu'un État parallèle.

L'Association d'Aide à la Chine Libre (FCRA), basée à Taïwan, servit de gouvernement de facto de l'enclave, finançant la construction de routes, d'adductions d'eau, de réseaux électriques et d'installations médicales. Des écoles furent construites et dotées selon les programmes de la République de Chine ; les élèves diplômés des lycées du camp pouvaient obtenir des places universitaires financées par la FCRA à Taïwan, gratuitement, liant le futur de la communauté à l'île autant par l'éducation que par l'idéologie. Sur chaque bâtiment flottait le drapeau de la République de Chine — soleil blanc sur ciel bleu. Le calendrier de la République de Chine — qui compte les années depuis la fondation de la République en 1912, faisant de 1950 l'« an trente-neuf » — était le calendrier en usage. Les Trois Principes du Peuple de Sun Yat-sen (三民主義) étaient inscrits sur les murs des écoles. La célébration annuelle de la Fête Nationale le dix octobre — anniversaire de la révolution de 1911 — était une affaire de cérémonie civique complète : rassemblement, hymne, salut.

Pour comprendre ce que cela signifiait concrètement, il faut recourir à la phénoménologie de l'espace habitée, telle que Gaston Bachelard la développe dans La Poétique de l'espace (1957). Bachelard nous rappelle que la maison n'est pas seulement un abri physique mais le lieu premier de l'intériorité humaine — le « nid » qui permet à la conscience de se déployer, de rêver, de transmettre. Les habitants de Rennie's Mill avaient transformé un espace de l'échec industriel — le moulin défunt de Rennie — en un ensemble de maisons, d'écoles, de rues, de places. Ils avaient fait de la géographie de la défaite un espace vécu au sens plein du terme : un espace chargé de sens partagés, de rituels quotidiens, de projets collectifs.

Mais cet espace vécu avait une particularité qui le distinguait de tout autre milieu de mémoire : il était entièrement ancré ailleurs. Ses habitants ne considéraient pas Rennie's Mill comme un foyer permanent. C'était une salle d'attente. La conviction partagée qui sotenait la communauté au fil des décennies était la doctrine du fan gong da lu — « reconquérir le continent » —, la croyance, politique officielle de la République de Chine jusqu'au début des années 1980, que l'interrègne communiste était temporaire. Ils attendirent, au total, quarante-six ans.

Il y eut, dans l'histoire du monde francophone, un phénomène d'une analogie saisissante. Lorsqu'en 1962 les accords d'Évian mirent fin à la guerre d'Algérie, près d'un million de pieds-noirs — Français d'Algérie dont les familles habitaient ce pays depuis parfois quatre générations — furent contraints de quitter une terre qu'ils considéraient comme leur patrie pour une France métropolitaine qui leur était, en pratique, étrangère. Leur déchirement identitaire — ni tout à fait ici, ni tout à fait là-bas ; ancrés dans la mémoire d'un lieu qui avait changé de nature politique sans changer de géographie — est structurellement identique à la condition des habitants de Rennie's Mill. Les uns et les autres attendaient un retour qui ne pouvait plus avoir lieu sous la forme qu'ils avaient imaginée.

Les Vaincus qui Construisirent une Nation
Les Vaincus qui Construisirent une Nation


IV. Le Drapeau et le Feu : Double-Dix, 1956

Il y a des jours dans l'histoire où un geste administratif sans importance fait sauter l'accumulation de années de pression contenue.

Le Double-Dix — le dixième jour du dixième mois, anniversaire de la révolution de 1911 — était le jour le plus sacré du calendrier de Rennie's Mill. La cérémonie de levée du drapeau qui le marquait se tenait avec la solennité d'un rite religieux : les participants au garde-à-vous, l'hymne joué, personne ne bougeait. Le drapeau de la République de Chine, dans cette communauté, n'était pas un emblème politique au sens ordinaire du terme. C'était un objet sacré — une preuve, tangible et visible, que la République de Chine existait encore, que l'attente n'était pas vaine, que l'histoire n'avait pas encore rendu son verdict.

Le matin du dix octobre 1956, un employé du Département du Logement de l'ensemble résidentiel de Li Cheng Uk, à Cheung Sha Wan, dans la péninsule de Kowloon, exécuta une instruction de retirer des drapeaux de la République de Chine et des décorations du Double-Dix d'un mur extérieur. L'instruction était une opération de rangement administratif de routine. Dans le climat politique de cet octobre-là, ce fut une allumette jetée sur une poudrière.

Les émeutes qui suivirent durèrent trois jours. Cinquante-neuf personnes trouvèrent la mort — un bilan plus lourd que celui des émeutes gauchistes, mieux connues, de 1967. Plus de six mille personnes furent arrêtées. L'automobile de l'épouse du vice-consul suisse fut incendiée, provoquant un incident diplomatique international. Les règlements de comptes territoriaux entre organisations de la Triade affiliées à la République de Chine et syndicats pro-communistes — deux expressions armées de la ligne de faille idéologique de la Guerre Froide qui traversait directement les quartiers ouvriers de Hong Kong — se résolurent dans les rues de Kowloon avec une violence extrême.

Rennie's Mill lui-même ne fut pas le théâtre des émeutes. Il en était le cœur spirituel et l'arrière-base opérationnelle. Son existence comme centre organisateur des réseaux affiliés à la République de Chine dans toute la colonie signifiait que lorsque le détonateur avait sauté à Li Cheng Uk, l'infrastructure de mobilisation était déjà en place. Ce qui s'enflamma ne fut pas une combustion spontanée, mais la décharge d'une pression accumulée depuis 1949 : la pression d'un ordre politique défait qui refusait de se considérer comme défait, contenu dans une colonie qui ne demandait qu'à ce que la question disparaisse.

0:00
/1:13

The Deadliest Flag In Hong Kong

La réponse de l'administration britannique fut caractéristique. Plutôt que d'affronter l'enclave directement, elle le formalisa. En 1961, le statut de Rennie's Mill fut changé de « camp de réfugiés » en « zone de relogement ». La Police Royale de Hong Kong obtint formellement la juridiction. L'infrastructure fut améliorée. Et l'administration émit une lettre promettant aux résidents — par écrit — qu'ils pourraient rester indéfiniment. La promesse fut faite en pleine connaissance de ce qu'elle valait. Elle fut honorée pendant trente-cinq ans.


Nœud de Résonance (Resonance Node)

Le Mur du Dortoir, Tiu Keng Leng : Le Dernier Témoin

De l'ensemble des structures qui composaient l'établissement de Rennie's Mill à son apogée — les écoles, les cliniques, les dortoirs, les salles communautaires, les bureaux du journal, les maisons avec leurs mâts de drapeau — une seule subsiste. Un bâtiment-dortoir de briques à deux étages, dont la façade porte l'inscription 中華民國五十一年 : République de Chine, An 51. L'année est 1962. C'est, autant qu'on puisse l'établir, le dernier bâtiment public de Hong Kong à porter une date en calendrier de la République de Chine.

Il n'y a pas de panneau explicatif. Il n'y a pas de protection patrimoniale. Le bâtiment se tient dans un ensemble résidentiel, sans annonce, en attente du cycle de développement qui l'effacera probablement. Se tenir devant lui, c'est comprendre quelque chose sur ce que l'effacement signifie réellement : non pas la démolition spectaculaire des monuments, mais le lent encerclement du passé embarrassant par le présent indifférent, jusqu'à ce que le passé cesse simplement d'être remarqué, puis cesse d'être.

Ce mur est la dernière cicatrice lisible d'une communauté de dizaines de milliers de personnes, maintenue pendant près d'un demi-siècle et démantelée — physiquement, politiquement, toponymiquement — en l'espace d'une seule année. Rendez-lui visite pendant qu'il reste.

Le Drapeau et le Feu : Double-Dix, 1956
Le Drapeau et le Feu : Double-Dix, 1956


V. La Promesse Trahie et l'Effacement Final

La Déclaration Conjointe Sino-Britannique de 1984 fixa la date de la rétrocession de Hong Kong au premier juillet 1997. Elle fixa le destin de Rennie's Mill avec la même certitude, quoique beaucoup plus discrètement.

Pékin avait clairement fait part de sa position : une communauté arborant le drapeau de la République de Chine, marquant le temps selon le calendrier de la République de Chine, et gérant des institutions éducatives alignées sur elle ne pouvait pas exister sur le territoire de la République Populaire de Chine après la rétrocession. La réponse du gouvernement de Hong Kong fut de désigner le secteur de Rennie's Mill pour la Phase Trois du développement de la Nouvelle Ville de Tseung Kwan O — une décision d'urbanisme qui fournissait une couverture administrative à ce qui était, en son cœur, une instruction politique.

La lettre que le Département de Relogement avait rédigée en 1961 — la lettre promettant la résidence indéfinie — était désormais un embarras. Lorsque les résidents intentèrent un recours judiciaire, le juge Raymond Sears se trouva dans une position délicate. Il reconnut que la lettre gouvernementale de 1961 constituait effectivement une promesse. Il valida l'expulsion malgré tout, au nom de la nécessité administrative. La décision ne fut pas infirmée en appel.

Les derniers résidents de Rennie's Mill partirent dans les derniers mois de 1996. La majorité se relocalisa à Taïwan — la patrie politique qu'ils avaient attendu de retrouver pendant quarante-six ans s'avéra être, après tout, la destination finale, quoique non pas via Pékin. Les bâtiments furent démolis dans les mois qui suivirent, le calendrier coïncidant avec la rétrocession avec une précision que, comme l'observa sobrement un historien, « personne ne considérait comme fortuite ».

0:00
/1:17

The Village Erased From Hong Kong's Map

Le nom anglais Rennie's Mill fut remplacé sur les cartes officielles et la signalétique du métro par la romanisation cantonaise Tiu Keng Leng — effaçant d'un seul geste la dernière trace de l'entrepreneur canadien dont l'échec avait enclenché la chaîne d'événements ayant produit l'établissement. La palimpseste toponymique à trois couches — la Crête du Miroir, la Crête du Pendu, Rennie's Mill — fut comprimée en une séquence de syllabes cantonaises qui pointe acoustiquement vers toutes ces strates sans porter le sens d'aucune.

C'est ce que Paul Ricœur nomme, dans sa phénoménologie de l'oubli, la « politique de l'oubli » : non pas l'oubli naturel qui accompagne le passage du temps, mais l'amnésie fabriquée, celle que les pouvoirs en place infligent délibérément aux traces du passé qu'il leur est inconvenant de maintenir visibles. La différence entre la mémoire oubliée et la mémoire effacée est la différence entre la négligence et le crime.

Ne resta qu'un mur de briques, dans un ensemble résidentiel de Tseung Kwan O, que la plupart des gens passent sans remarquer.

La Promesse Trahie et l'Effacement Final
La Promesse Trahie et l'Effacement Final

Du Lieu de Mémoire au Non-Lieu : Ce que l'Oubli Nous Dit du Pouvoir

Marc Augé a forgé le concept de non-lieu pour désigner ces espaces de la surmodernité — aéroports, autoroutes, centres commerciaux, nouvelles villes — qui n'entretiennent aucun rapport organique avec l'histoire, l'identité ou le lien collectif. Le non-lieu est défini par sa fonctionnalité pure, par l'absence de mémoire sédimentée, par l'interchangeabilité des corps qui le traversent. La nouvelle ville de Tseung Kwan O, construite sur les ruines de Rennie's Mill, est un non-lieu presque parfait : ses tours résidentielles pourraient se trouver à Shenzhen, à Singapour ou à Séoul ; rien, dans leur architecture ou leur organisation, ne porte la trace de ce qui les précédait.

Dans ce champ de non-lieux, le mur de l'An 51 surgit comme ce que Nora appelait un lieu de mémoire résiduel : un fragment de sens dans un espace privé de sens, un punctum dans le studium anesthésié de la ville fonctionnelle.

Mais ici se révèle la limite du concept de Nora, et peut-être sa tragédie. Un lieu de mémoire assume pleinement sa fonction lorsqu'il est reconnu, nommé, protégé, institutionnalisé — lorsque la collectivité a décidé que ce site serait le support de sa mémoire. Ce mur n'a rien de tout cela. Il survit par inadvertance, dans l'indifférence de l'administration et l'ignorance de presque tous ses voisins. C'est un lieu de mémoire sans communauté mémorielle pour l'investir. Le milieu de mémoire qui l'aurait entouré et maintenu a été physiquement expulsé vers Taïwan en 1996.

Ce que le mur de l'An 51 pose, en définitive, c'est la question la plus urgente de la pensée mémorielle contemporaine : à qui appartient la responsabilité de la mémoire des vaincus lorsqu'il ne reste plus de vaincus pour la revendiquer ? La communauté de Rennie's Mill avait pratiqué pendant quarante-six ans ce que Maurice Halbwachs, dans Les Cadres sociaux de la mémoire (1925), appelle le « travail de la mémoire collective » : la transmission active, rituelle, quotidienne d'une identité menacée d'extinction. Ce travail requiert des corps, des voix, des gestes, des cérémonies. Il ne peut pas être remplacé par un mur.

Et pourtant.

Et pourtant ce mur est là. Et sa présence improbable nous contraint à poser la question que Ricœur formulait au seuil de La Mémoire, l'histoire, l'oubli : face aux communautés dont la mémoire a été confisquée, que reste-t-il comme ressource éthique à ceux d'entre nous qui arrivent après, et qui cherchent à reconstituer ce que le pouvoir a tenté de rendre irréconstituable ?

Ce qui reste, c'est le devoir de mémoire — une expression empruntée à Primo Levi et élargie depuis par toute la pensée européenne de l'après-guerre — entendu non comme une injonction sentimentale mais comme un engagement intellectuel et politique : celui de refuser que l'oubli d'effacement ait le dernier mot, de traquer les puncta dans le studium lissé de la ville contemporaine, de lire les palimpsestes, de nommer ce qui a été volontairement rendu invisible.

Lire l'histoire signifie, parfois, savoir lire des murs.


Si ce type d'essai de voyage historique — retrouver les strates sédimentaires sous les villes qui ne montrent que leur visage le plus récent — est ce que vous cherchez ici, la liste de diffusion est l'endroit où nous envoyons un texte par mois, avec le même niveau d'exigence. Sans algorithmes. Seulement les lieux qui méritent une pause, et les histoires qui ont mérité cette pause.

Comment Accéder au Nœud Physique

Transports : Prendre la ligne MTR Tseung Kwan O jusqu'à la station Tiu Keng Leng (environ 27 minutes depuis Kowloon Tong, 35 minutes depuis Central avec correspondance à Quarry Bay). La station est construite directement au-dessus de l'ancienne zone d'établissement — le niveau du hall se trouve sur un sol qui abritait autrefois les bâtiments centraux de la communauté.

Le dortoir rescapé (中華民國五十一年) : Aucun panneau ne signale ce bâtiment, et son emplacement précis ne figure sur aucun itinéraire patrimonial. La navigation la plus fiable passe par les photographies et les données de localisation publiées par la communauté d'exploration urbaine de Hong Kong ; une brève recherche sur les forums d'urbex avec « Tiu Keng Leng ROC building » ou « 民國五十一年 » fournira des coordonnées utilisables. L'inscription se trouve sur la façade frontale du bâtiment. Rien ne garantit que ce bâtiment sera encore là à votre arrivée — il ne bénéficie d'aucun statut de protection patrimoniale. Si cela vous importe, venez vite, et documentez ce que vous trouvez.

La Crête du Miroir (照鏡環山) : La colline qui porte le nom Tanka d'origine — 247 mètres, accessible à pied depuis la zone de Tiu Keng Leng — offre la meilleure vue survivante sur la cuvette de Tseung Kwan O dans quelque chose d'approchant sa forme originelle. Par temps clair, les terres gagnées sur la mer révèlent le fantôme de la baie circulaire que les Tanka avaient nommée. La colline est peu aménagée et rarement fréquentée. Prévoyez de l'eau ; les chemins sont irréguliers.

Lei Yue Mun : Le détroit où se noya Rennie est à environ 3 kilomètres du site du moulin, accessible le plus directement depuis la station de métro de Yau Tong. Le rivage est aujourd'hui un quartier de restaurants de fruits de mer ; le Fort du Pic du Diable (魔鬼山炮台) qui le surplombe est une fortification de la Seconde Guerre mondiale conservée avec un sentier de parc naturel offrant une vue imprenable sur le passage entre Kowloon et l'île de Hong Kong.

Hébergement : Le district de Tseung Kwan O dispose d'une gamme standard d'hôtels de ville nouvelle. Pour ceux qui préfèrent une base aux couches historiques plus riches, la zone de Yau Tong et Kwun Tong, à l'ouest, offre un bâti plus ancien et un meilleur accès à l'arc plus large de l'histoire industrielle et des réfugiés de Hong Kong du milieu du XXe siècle. Le trajet en métro depuis l'une ou l'autre zone vers Tiu Keng Leng ne dépasse pas trente minutes.

Visites guidées : Il n'existe pas actuellement de circuits réguliers consacrés spécifiquement à l'histoire de Rennie's Mill. Walk in Hong Kong (walkhongkong.com) propose des itinéraires patrimoniaux personnalisés et peut prendre en charge des demandes sur ce thème. Le Industrial History of Hong Kong Group (industrialhistoryhk.org) maintient les archives les plus complètes en anglais sur la période du moulin. Pour l'histoire de l'enclave de la République de Chine, la source la plus accessible reste l'article « Doomed Village » de Taiwan Panorama (1989), disponible gratuitement dans les archives en ligne de la publication — un portrait précoce et empathique de la communauté rédigé alors qu'elle existait encore.


« Il n'y a de lieux de mémoire que parce qu'il n'y a plus de milieux de mémoire. Et lorsque les lieux eux-mêmes disparaissent, il ne reste que le devoir de s'en souvenir. »
— lawrencetravelstories.com, d'après Pierre Nora

💡Foire Aux Questions (FAQ)

Q : Quelle est l'origine du nom de Rennie’s Mill (Tiu Keng Leng) à Hong Kong ?

R : Le lieu tire son nom anglais d'Alfred Rennie, un entrepreneur canadien qui y installa une meunerie en 1905. Après son suicide par noyade en 1908, une rumeur locale prétendit à tort qu'il s'était pendu, ce qui valut au site le surnom cantonais de « Colline du Pendu » (Diu Keng Leng). Dans les années 1950, le gouvernement de Hong Kong a modifié le nom avec des homophones signifiant « Colline de l'Ajustement » afin d'effacer cette connotation macabre, transformant un échec commercial en une évolution toponymique unique.

Q : Pourquoi Rennie’s Mill était-il surnommé la « Petite Taïwan » pendant la guerre froide ?

R : Après la guerre civile chinoise en 1949, des milliers de soldats du Kuomintang (KMT) et de réfugiés se sont installés sur les collines isolées de Rennie’s Mill. La communauté s'y est organisée en autarcie en arborant le drapeau de la République de Chine, ce qui lui a valu le surnom de « Petite Taïwan ». Située au cœur du Hong Kong britannique, cette enclave politique et ce refuge ont incarné de manière spectaculaire la dynamique géopolitique et l'exode humain pendant la guerre froide en Asie.

Q : Qu'est devenu Rennie’s Mill et reste-t-il des vestiges historiques à visiter ?

R : En 1996, à l'approche de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, le gouvernement a entièrement rasé le camp de réfugiés pour développer la ville nouvelle de Tseung Kwan O. Bien que les abris en bois aient disparu, il reste des vestiges du passé. L'ancien poste de police de Rennie’s Mill a été rénové pour devenir le Centre du patrimoine de Tseung Kwan O, et l'on peut encore apercevoir des fondations en béton et d'anciens sentiers au milieu des gratte-ciel modernes.


Références et suite de la lecture

Première strate – Principales sources de littérature et institutions :

  • 英國殖民地政府土地記錄(Public Records Office, Hong Kong)、1819年《新安縣志》(確認此地不在記載之內)、英國新界租借後(1898年後)之地政測繪記錄
  • 《中國郵報》(China Mail),1908年4月14日,〈倫尼先生之死〉;香港政府公報(Hong Kong Government Gazette),1903-1908年相關土地記錄;香港工業歷史研究組(Industrial History of Hong Kong Group)存檔
  • 香港政府檔案(調景嶺難民營設立相關行政文書,1950年);中國自由總會(FCRA)檔案(台灣,部分已解密);胡俊慧(Chun-Huei Hu)主編,《調景嶺營的誕生與消失》(台北縣:國立歷史博物館,1997年)
  • 1956年香港暴動政府調查報告(英國解密文件,TNA/PRO);ROC方面的外交檔案(台灣國史館);《工商日報》、《香港時報》(右派)及《大公報》(左派)1956年10月相關報道
  • 調景嶺居民高等法院訴訟判決書(1996年,雷蒙・西爾斯法官);香港政府刊憲記錄(調景嶺徙置區清拆公告);香港立法局會議記錄(1990年代相關辯論)

La deuxième couche – les ressources académiques secondaires :

  • 藍安偉(Kenneth Lan On-wai),《Rennie's Mill: The Origin and Evolution of a Special Enclave in Hong Kong》,博士論文,香港大學,2006年(此論文為迄今最完整的調景嶺學術研究);蕭鳳霞(Helen Siu)等關於新界社群研究之著作
  • 《20世紀香港印象》(20th Century Impressions of Hong Kong),1908年(Graham Brash 1990年再版);Gerald Friesen教授(加拿大馬尼托巴大學歷史系)現正進行的Rennie生平研究;Christopher Munn(香港大學榮譽副教授)對Rennie早期生涯的研究
  • 藍安偉,《Rennie's Mill》,博士論文,香港大學,2006年;Mark Chi-Kwan,"The 'Problem of People': British Colonials, Cold War Powers, and the Chinese Refugees in Hong Kong, 1949–62," Modern Asian Studies 41:6 (2007);林孝庭(Hsiao-Ting Lin),《冷戰中的兩岸:解密文件》(香港:三聯書店,2015年)
  •  Kent Wan, "The KMT versus the CCP: Dueling Chinese Nationalisms and the Politics of Colonial Rule During Hong Kong's 1956 Riots," Journal of Southeast Asian Studies (2025);Mark Chi-Kwan, Hong Kong and the Cold War: Anglo-American Relations, 1949–1957 (Oxford: Clarendon Press, 2004);Christine Loh, Underground Front: The Chinese Communist Party in Hong Kong (Hong Kong: HKU Press, 2010)
  • 藍安偉,《Rennie's Mill》,博士論文(2006);Edward Kai,《荒原上的遺民——調景嶺的滄桑歲月與愛的軌跡》(香港,2013年);林孝庭,《冷戰中的兩岸:解密文件》(2015年);《Zolima CityMag》,"Hong Kong's Industrial History, Part VIII: The Ill Fate of Rennie's Mill, AKA Little Taiwan"(2026年更新版)

Troisième couche – Informations complémentaires :

  • 蜑家命名傳統屬口傳文化,無文字紀錄;香港地方志中心相關地名考證
  •  坊間流傳之「吊頸」訛傳記錄(多見於20世紀初香港民間口述,無統一版本)
  • 龍應台,《大江大海一九四九》(台北:天下雜誌,2009年)——提供大量遺民社群的第一人稱記憶素材;《台灣光華雜誌》,1989年12月,〈天涯倦鳥〉(Doomed Village),是英語世界最早的深度報道之一
  •  1956年暴動倖存者口述記錄(多保存於個人回憶錄或本地歷史口述計畫中,未見系統性整理)
  •  前調景嶺居民訪談(胡俊慧主編,1997年);調景嶺社區老照片檔案(多由最後一批居民攜往台灣,或收藏於香港大學圖書館)

Lacune historiographique :

  • Il n'existe pratiquement aucune trace écrite des usages précis que le peuple Tanka faisait de ces eaux ; l'organisation de leur communauté avant les relevés topographiques coloniaux officiels demeure inconnue.
  • La date d'origine exacte du nom « Zhaojinghuan » (照鏡環) ne peut être vérifiée, et son évolution du vernaculaire Tanka vers un toponyme écrit reste obscure.
  • Aucune prospection archéologique systématique n'a été menée pour déterminer si des traces d'établissements antérieurs – qu'ils soient Han ou d'autres groupes ethniques – existaient dans la région de Tiu Keng Leng avant la dynastie Qing.
  • Recommandation pour des recherches archivistiques complémentaires : Les premiers rapports des géomètres britanniques contiennent-ils des descriptions toponymiques fournies par les Tanka interrogés ?
  • Les mémoires d'Alfred Herbert Rennie, Vingt ans à Hong Kong (titre provisoire), sont mentionnés dans des sources, mais les chercheurs n'ont jusqu'à présent pas réussi à en trouver un exemplaire physique ; si un tel document était retrouvé, il pourrait modifier considérablement notre compréhension de son état d'esprit face à son échec. Recommandation pour une vérification plus approfondie des documents originaux : Les Archives de l’Ontario (Canada) pourraient conserver des documents relatifs à la famille Rennie.
  • Le statut d’utilisation du site de la scierie demeure incertain pour la période comprise entre l’arrêt de la production et sa transformation en station de quarantaine (1908-1925).
  • La date exacte du changement de nom de « Zhao Jing Ling » (Crête du Miroir) à « Diao Jing Ling » (Crête du Cou Suspendu) ne peut être confirmée à ce jour.
  • Les archives relatives aux activités organisationnelles de la FCRA à Tiu Keng Leng sont actuellement conservées à Taïwan ; les recherches universitaires en langue chinoise restent insuffisantes.
  • Les câbles diplomatiques échangés entre le gouvernement de Hong Kong et Pékin concernant la question de Tiu Keng Leng devraient être accessibles dans les archives britanniques déclassifiées (TNA/PRO) ; une analyse plus approfondie des négociations de la Guerre froide reste nécessaire.
  • Il n'existe actuellement aucune étude universitaire exhaustive sur le système éducatif de la communauté de Tiu Keng Leng (programmes, matériel pédagogique et recrutement des enseignants).
  • Les recherches universitaires existantes décrivent de manière insuffisante les rôles spécifiques joués par les résidents de Tiu Keng Leng lors des émeutes de 1956 (par exemple, organisateurs actifs, soutiens moraux ou simples témoins passifs).
  • Les archives relatives à la surveillance de Tiu Keng Leng par les services de renseignement de Hong Kong existent certainement, mais n'ont pas encore fait l'objet d'une recherche systématique fondée sur la déclassification.
  • Il manque des témoignages oraux concernant l'impact psychologique à long terme des événements de 1956 sur les résidents de Tiu Keng Leng.
  • Il n'existe pas de suivi systématique du nombre total de personnes relogées à Taïwan lors de l'opération de déportation de 1996 ni de leurs conditions de vie ultérieures.
  • Il n'existe aucun document gouvernemental pertinent concernant le statut de conservation du « Dortoir de l'an 51 de la République de Chine (1962) ». Il est recommandé de consulter plus avant les archives du Conseil consultatif des antiquités.
  • Le processus de reconstruction communautaire après l'installation des résidents à Taïwan nécessite une documentation approfondie de la part de chercheurs spécialisés dans l'histoire des migrations vers Taïwan.

💡
Où irez-vous ensuite ?
Hong Kong Historical Travel Stories – Old Streets, Harbours & City Memories
Explore Hong Kong Island through historical travel stories and guides. Discover old streets, harbours and neighbourhoods filled with memories and cultural heritage.
Hong Kong Historical Travel Stories – Old Streets, Harbours & City Memories
Explore Hong Kong through historical travel stories and guides. Discover old streets, harbours and neighbourhoods filled with memories and cultural heritage.

Where to Go: Historical Travel in Japan, Hong Kong & Taiwan
Discover where to go for historical travel. Explore stories and guides from Japan, Hong Kong and Taiwan, more destinations like the UK and Korea coming soon.

Ce texte s'appuie sur un dossier de recherche historique plus vaste, constitué pour une étude approfondie du voyage et de son histoire. Plusieurs points restent sujets à débat dans la littérature spécialisée, et les lecteurs intéressés sont invités à consulter directement les sources primaires.

Read more

Disclosure: This site uses affiliate links from Travelpayouts and Stay22. I may earn a commission on bookings at no extra cost to you.