(FRA) Komazawa, Tokyo : ce que le parc, la tour et les noms de rue n'ont jamais fini de nous dire
Un guide de voyage historique à Komazawa, Tokyo. Explorez le parc olympique à travers 5 histoires surprenantes—des terrains de chasse du Shogun aux JO de 1964—et découvrez les couches cachées du temps sous cet oasis de verdure à Setagaya.
Ceci est un récit de voyage historique et un guide de promenade à Komazawa, un quartier dynamique de Setagaya à Tokyo. À travers cinq histoires surprenantes, il explore l'emblématique parc olympique de Komazawa et ses environs, révélant comment un ancien terrain de chasse du Shogun et un hippodrome de l'ère Meiji sont devenus un oasis urbain. Les lecteurs suivront un itinéraire lent pour découvrir les couches cachées du temps et de nouvelles perspectives sous la verdure quotidienne de Tokyo.

Komazawa, quartier du sud-ouest de Tokyo, arrondissement de Setagaya. Sur le papier, rien d'exceptionnel : un parc bien entretenu, une université bouddhiste, une ligne de métro commode, des rues résidentielles propres et silencieuses. Le genre d'endroit que l'on traverse sans s'y arrêter, que l'on photographie sans le voir.
Roland Barthes, qui a consacré à la civilisation japonaise l'un de ses essais les plus lucides — L'Empire des signes, paru en 1970 — avait observé que le Japon est un pays de signes sans référent : une civilisation qui opère sur les surfaces, où les formes valent pour elles-mêmes, sans renvoyer à un fond. Ce que Barthes ne pouvait prévoir, ou du moins n'a pas dit, c'est que certains quartiers de Tokyo sont exactement l'inverse : des endroits où la surface est trompeusement lisse, et où le fond, précisément, est d'une richesse vertigineuse.
Komazawa est l'un de ces endroits. Dans un périmètre de quelques kilomètres carrés, cinq siècles d'histoire japonaise se superposent avec la densité d'un stratigraphe géologique : une culture médiévale de l'élevage du cheval de guerre, une institution bouddhiste qui a survécu à la persécution d'État par le biais d'une reconversion stratégique, un stade olympique jamais construit, une tour d'eau à ornement de couronne et un nom de quartier que les bureaucrates ont inventé, supprimé, puis ressuscité dans le même siècle.
Ce que les offices de tourisme ne racontent pas. Ce que les couches du sol savent.
Escuche atentamente las fascinantes historias de la historia del turismo
Le nom qu'on foule aux pieds est une fiction administrative de 1889
Il y a une question que l'historien Fernand Braudel aimait poser en regardant un paysage : qu'est-ce qui résiste ici ? Quand tout le reste a changé — les gouvernements, les populations, les techniques — qu'est-ce qui demeure, inscrit dans la géographie, dans les noms, dans la forme des chemins ? C'est par cette question que l'on devrait entrer dans Komazawa.
Car le premier fait remarquable concernant ce quartier, c'est que son nom n'existait pas avant 1889. Il a été fabriqué.
Haussmann n'a pas le monopole du rebaptême
En France, nous connaissons bien le pouvoir que l'État exerce sur les noms de lieu. Le baron Haussmann, préfet de la Seine de 1853 à 1870, n'a pas seulement percé des boulevards dans le tissu médiéval de Paris : il a renommé, renuméroté, redistribué les adresses selon une logique administrative qui effaçait les anciennes strates topographiques au profit d'un ordre nouveau, rationnel, impérial. La rue Saint-Denis fut renumérotée. Des rues portant des noms de saints ou de corporations disparurent. La Révolution avait déjà fait de même, baptisant les rues des noms de la vertu républicaine avant que la Restauration n'y remît des saints royaux. Les noms de rue sont, dans toutes les capitales, des champs de bataille politiques.
En 1889, le gouvernement de l'ère Meiji procéda au Japon à une opération comparable, dans un esprit analogue : rationaliser, unifier, moderniser. La loi municipale obligea des dizaines de petits villages ruraux à fusionner en entités administratives plus gérables. Dans la banlieue sud-ouest de Tokyo, six hameaux — Shimoumahikisawa, Kamiumahikisawa, Nozawa, Fukazawa, Tsurumaki et Setagaya Shinmachi — durent n'en former qu'un seul. Il fallait un nom commun.
La solution fut un assemblage lexical de bureaucrate pressé : on prit le caractère uma (馬, « cheval ») dans les noms de deux des villages, on l'éleva à sa forme classique koma (駒), et on lui adjoignit le caractère sawa (沢, « marais » ou « cours d'eau »), commun aux autres. Résultat : Komazawa. Un nom sonore, qui paraissait ancien, qui ne l'était pas.
Ce que le nom a préservé malgré lui
Mais voilà où l'histoire se fait malicieuse : en fabriquant ce toponyme de toutes pièces, les fonctionnaires Meiji ont, sans le savoir, conservé une mémoire bien plus ancienne que leur propre État.
Koma (駒), dans la toponymie japonaise, est la forme classique et littéraire du mot « cheval ». Sur tout le plateau de Musashino — la grande plaine ondulée sur laquelle est bâtie la moitié occidentale de Tokyo — il existe un réseau de noms de lieu qui commencent par ce même koma : Komaba, Komagome, Komazawa. Les archives historiques du district de Meguro sont explicites :
« Komaba est l'un des anciens toponymes de la région de Musashino qui se réfèrent aux chevaux. Koma signifie cheval et ba signifie pâturage ou paddock. Les bons chevaux produits ici étaient très appréciés comme chevaux de guerre à l'époque antique et médiévale. »
Ce que le fonctionnaire avait cru inventer, le sol savait depuis des siècles. Avant d'être un village, avant d'être un nom administratif, Komazawa était probablement un marais à chevaux — un komazawa, au sens propre — où des seigneurs de guerre médiévaux faisaient élever leurs montures de combat. Le bureaucrate avait fabriqué un fossile sans le savoir.
Pierre Nora, dans ses Lieux de mémoire, distingue deux régimes de relation au passé : la mémoire vivante, spontanée, portée par des communautés qui l'habitent, et les lieux de mémoire, archives froides qui conservent ce que la mémoire vive a abandonné. Les noms de rue sont des lieux de mémoire que personne ne lit. Kami-uma (上馬, « le cheval d'en haut ») et Shimo-uma (下馬, « le cheval d'en bas »), deux adresses voisines de Komazawa, portent encore sur leurs panneaux de rue l'empreinte d'une culture équestre médiévale que plus personne n'habite. On passe devant chaque jour. On ne les lit pas.
Ce que cela révèle : L'histoire de Komazawa commence par une leçon de sémiologie involontaire. Barthes nous a appris que les signes peuvent se vider de leur sens tout en continuant à circuler. Les noms de lieu japonais nous apprennent l'inverse : qu'un signe fabriqué peut, par accident, être gorgé d'une mémoire qu'il ne savait pas transporter. La ville comme archive inconsciente. C'est peut-être là la définition la plus juste de ce qu'est un quartier historique.

Les moines qui ont survécu à l'État : une leçon de résistance institutionnelle
En 1905, la France a définitivement séparé l'Église de l'État. En 1764, elle avait expulsé les jésuites. En 1793, la Convention avait tenté de déchristianiser la République par la force. Chacune de ces crises a posé aux institutions religieuses la même question : comment survivre quand le pouvoir politique décide que vous êtes un obstacle ?
En 1868, le Japon bouddhiste s'est posé exactement la même question. Et la réponse apportée dans les champs de Komazawa, quarante-cinq ans plus tard, mérite qu'on s'y arrête.
Le Bosquet de Santal et la crise Meiji
L'institution que l'on connaît aujourd'hui sous le nom d'Université Komazawa remonte à 1592, date à laquelle l'école bouddhiste Sōtō — fondée au XIII^e siècle par le moine Dōgen, l'un des penseurs les plus rigoureux de l'histoire intellectuelle japonaise — a établi un petit séminaire dans le temple Kichijoji, à Edo. Après le grand incendie de Meireki en 1657, le séminaire fut déplacé, et un maître chinois de passage lui donna un nouveau nom : le Sendanrin (栴檀林), le « Bosquet de Santal ». Le santal — cette essence qui embaume jusqu'à la scie qui la coupe — était une métaphore sanscrite pour la sagesse cultivée dans la retraite. On ne choisit pas ses métaphores au hasard.
Pendant plus de deux siècles, le Sendanrin fut le cœur intellectuel du bouddhisme Sōtō au Japon. Puis vint la restauration Meiji.
La déchristianisation japonaise
L'édit de séparation du shintoïsme et du bouddhisme, promulgué en 1868, déclencha une vague de violence anticléricale que les historiens japonais appellent haibutsu kishaku — littéralement, « détruire le bouddhisme, abandonner Shakyamuni ». Des temples brûlèrent, des statues de Bouddha furent décapitées, des moines furent contraints de se marier et d'abandonner leur habit. L'État Meiji avait besoin d'un shinto d'État pour légitimer le pouvoir impérial, et le bouddhisme, avec ses origines continentales et ses liens avec l'ancien ordre féodal, était un obstacle.
On pense involontairement à la Terreur révolutionnaire française, à la campagne de déchristianisation de 1793-1794, aux prêtres contraints d'abjurer, aux cloches fondues pour l'effort de guerre, aux couvents transformés en casernes. Le parallèle n'est pas exact — les contextes sont différents — mais la logique est identique : un État qui redéfinit son identité nationale en désignant les institutions religieuses comme incompatibles avec le projet de modernisation.
La stratégie du caméléon
La réponse de l'école Sōtō fut d'une intelligence politique remarquable, et qui rappelle celle des jésuites français après leur expulsion : non pas la résistance frontale — qui eût été suicidaire — mais la reconversion stratégique. Dès 1882, l'institution ouvrit à Azabu, dans ce qui est aujourd'hui le quartier de Roppongi à Tokyo, la Grande École universitaire de la secte Sōtō (Sōtōshū Daigakurin), avec un programme agréé par le ministère de l'Éducation Meiji, une structure académique à l'occidentale et un nom qui ne faisait peur à aucun bureaucrate anticlérical.
Mais à l'intérieur, l'institution restait un monastère. Les étudiants se levaient à cinq heures du matin. Avant les cours, ils récitaient des sutras dans la grande salle. Ils mangeaient en commun, dans le silence du réfectoire. La coque avait changé ; le noyau, non.
Michel de Certeau, dans L'Invention du quotidien, distingue les « stratégies » — les pratiques des puissants, qui s'exercent depuis un lieu propre, un espace maîtrisé — et les « tactiques » — les pratiques des faibles, qui n'ont pas de lieu propre et doivent s'insinuer dans les espaces du fort. L'école Sōtō a pratiqué, entre 1868 et 1925, une tactique de survie d'une sophistication exemplaire : occuper l'espace de l'adversaire — celui de l'université moderne laïque — sans jamais en adopter la substance.
Le déménagement de Komazawa (1913)
En 1913, l'institution quitta Azabu pour les champs de Komazawa, encore essentiellement ruraux à l'époque. La terre y était moins chère. L'air y était plus calme. La distance du centre permettait de maintenir l'atmosphère contemplative que la doctrine Sōtō exigeait. En 1925, lorsque l'école accéda au rang d'université en vertu du nouveau décret impérial sur les universités, elle prit le nom de sa nouvelle terre : Université Komazawa (Komazawa Daigaku).
Cette nomination n'était pas anodine. Une institution bouddhiste, qui avait survécu à la persécution en adoptant les formes de la modernité laïque, s'ancrait désormais à un morceau de terre agricole de la banlieue de Tokyo et lui conférait son identité institutionnelle. Le toponyme agricole devenait une marque académique — et, avec le temps, à travers les équipes sportives célèbres de l'université et leurs apparitions dans les retransmissions du marathon de Tokyo, la marque finirait par éclipser presque entièrement la mémoire agricole.
La Kōunkaku : l'architecture de la survie
En 1928, l'université acheva la construction de sa bibliothèque et salle de recherche, aujourd'hui reconvertie en Musée d'histoire de la culture zen : la Kōunkaku (耕雲館). Le nom signifie à peu près « le pavillon où l'on cultive entre les nuages » — une métaphore bouddhiste pour désigner la pratique contemplative sans but assigné, l'équivalent zen de ce que les mystiques rhénans appelleraient la Gelassenheit, l'abandon de soi sans objet.
L'architecte Sugahara Eizō s'était profondément nourri de l'œuvre de Frank Lloyd Wright. La façade est revêtue de scratch tiles — briques céramiques à surface striée — dans la même tradition que l'Hôtel Impérial de Tokyo, que Wright avait conçu pour résister aux séismes et dont la survie au Grand Tremblement de terre du Kantō de 1923 avait démontré la validité. Les vitraux de la Kōunkaku brisent la lumière en motifs qui évoquent simultanément l'Art Nouveau européen et l'esthétique bouddhiste. En mars 2025, le gouvernement japonais a inscrit le bâtiment au registre national des biens culturels matériels — la reconnaissance officielle que ce qui a survécu à la persécution Meiji, au séisme, à la guerre et à septante ans de construction universitaire mérite protection.
Le bâtiment se tient en retrait, au bord du campus, sa façade assombrie par un siècle de pluie tokyoïte. La plupart des étudiants le dépassent en allant à la cantine sans y prêter attention. C'est aussi, en un sens, de l'histoire.
Ce que cela révèle : Le récit de l'Université Komazawa est, dans sa profondeur, celui de toutes les institutions culturelles qui ont dû se réinventer face à un pouvoir hostile. Il n'est pas nécessaire d'être japonologue pour en comprendre l'enjeu — il suffit de connaître l'histoire des congrégations enseignantes françaises après la loi de 1901, ou celle des Jésuites expulsés de France en 1764 et revenus soixante ans plus tard avec leurs colléges intacts. La forme change. Le fond cherche à durer.

Le stade qui n'a jamais existé : trois couches d'histoire sous le parc olympique
Il existe, dans l'histoire des villes, une catégorie d'objets que Walter Benjamin appelait, dans le contexte parisien des Passages, les « images dialectiques » : des lieux où le passé et le présent coexistent dans une tension qui déstabilise l'évidence du présent. Le Parc olympique de Komazawa est un de ces lieux — mais pour le voir, il faut apprendre à regarder en dessous.
Première couche : le golf comme diplomatie impériale (1913–1932)
En 1913 — l'année même où les moines bouddhistes arrivaient dans les champs de Komazawa — un groupe d'élites japonaises formées en Grande-Bretagne posaient les premières pierres du Tokyo Golf Club (東京ゴルフ倶楽部), le premier terrain de golf de la région du Kantō fondé et géré exclusivement par des Japonais. Le seul terrain existant auparavant était réservé aux résidents étrangers.
On peut sourire, et l'on aurait tort de le faire : ce terrain de golf médiocre — six trous à l'ouverture en 1914, sur un sol qui avait visiblement d'autres vocations que le sport — fut le théâtre, le 19 avril 1922, d'un moment de diplomatie impériale qui mérite d'être considéré avec sérieux. Ce jour-là, le prince régent Hirohito — futur empereur Shōwa — joua une partie amicale avec Édouard, prince de Galles, futur Édouard VIII d'Angleterre.
L'Alliance anglo-japonaise venait de prendre fin officiellement l'année précédente. La relation entre les deux empires se dégradait lentement. Sur un terrain grossier dans les faubourgs ouest de Tokyo, deux héritiers du trône jouaient au golf en faisant semblant que rien ne changeait. Ils allaient tous deux devenir les monarques les plus controversés de leurs pays respectifs au XX^e siècle : l'un abdiquerait par amour, l'autre présiderait l'effondrement d'un empire.
En 1932, la hausse des prix fonciers contraignit le club à déménager dans la préfecture de Saitama. Le terrain de Komazawa fut désaffecté.
Deuxième couche : l'olympiade que le militarisme a dévorée (1936–1938)
En 1936, Tokyo fut désignée ville hôte des Jeux olympiques de 1940 — les premiers devant se tenir en Asie, prévus pour coïncider avec la célébration du 2 600^e anniversaire légendaire de la fondation de l'empire japonais par l'empereur Jimmu. Un projet de propagande impériale d'une nature analogue aux Jeux de Berlin de 1936, mais avec une surcharge symbolique nationaliste encore plus explicite.
En avril 1938, après que le site initial prévu près du Meiji Jingū Gaien se révéla impraticable, les urbanistes japonais désignèrent les terrains vacants de Komazawa comme site principal. Le programme était colossal : un stade de 110 000 places, une piscine olympique, un village des athlètes et une esplanade baptisée « Place commémorative de l'An impérial 2 600 ». Si le projet avait abouti, Komazawa serait devenu l'un des complexes sportifs les plus importants du monde de son époque.
Quatre mois plus tard, en juillet 1938, le Japon rendit les Jeux. La guerre contre la Chine — déjà en cours depuis plus d'un an après l'incident du pont Marco Polo — avait rendu la position internationale du pays intenable. Les ressources furent redirigées vers le front. Les plans du stade furent rangés. Les travaux ne commencèrent jamais.
Où devait s'élever un colisée pour 110 000 spectateurs, l'État planta des légumes pendant la guerre. Puis, des décennies plus tard, il construisit un parc.
Pensons à ce que représente cette séquence dans la géographie mentale d'une ville. À Paris, les Halles de Baltard — détruites en 1971 au nom d'un projet de modernisation — sont devenues une blessure urbaine dont certains n'ont pas fini de parler. Mais au moins les Halles ont-elles existé. Komazawa porte la cicatrice d'un bâtiment qui n'a jamais été construit — le négatif d'une architecture, l'empreinte dans le sol d'un empire qui n'a pas eu le temps d'ériger son monument.
Troisième couche : le baseball, la reconstruction et les Jeux qui eurent lieu (1949–1964)
Après la guerre, le site fut progressivement remis en ordre. En 1949, il accueillit les 4^es Jeux athlétiques nationaux. En 1953, la compagnie Tōkyū y construisit un stade de baseball professionnel qui devint la maison des Tōkyū Flyers — l'équipe dont une longue chaîne de changements de nom et de propriétaires mènerait, des décennies plus tard, aux Hokkaido Nippon-Ham Fighters.
Quand Tokyo fut choisie pour accueillir les Jeux olympiques de 1964, Komazawa devint le deuxième site de la compétition, accueillant le football masculin, le volley-ball féminin — où le Japon remporta l'or dans un match retransmis à la télévision devant un public record —, la lutte et le hockey sur gazon.
La Tour commémorative olympique, haute de cinquante mètres, fut construite en 1964. Elle est toujours là, au centre du parc, avec un réservoir d'eau dans ses étages supérieurs. C'est la seule infrastructure originale des Jeux de 1964 encore debout sur le site. La plaque commémorative ne mentionne pas 1938. Elle ne mentionne pas le stade pour 110 000 personnes qui aurait dû se trouver à cet endroit précis. Elle ne mentionne pas la partie de golf de 1922.
C'est ainsi que les villes gèrent leur histoire inconfortable : en construisant par-dessus, et en se taisant.
Ce que cela révèle : La séquence des usages successifs du parc de Komazawa — terrain de golf, stade fantôme, zone militaire, jardin potager de guerre, stade de baseball, site olympique — est un résumé en images de la trajectoire politique du Japon au XX^e siècle. Ce qui rend ce lieu exceptionnel, c'est précisément l'absence de toute signalétique l'expliquant. Il faut connaître pour voir. Et voir pour comprendre.

La couronne sur la colline : une tour d'eau Taishō et la politique de la soif urbaine
Frontinus, intendant des aqueducs de Rome au I^er siècle de notre ère, écrivait avec une fierté non dissimulée que les aqueducs romains valaient mieux que « les pyramides oisives » ou les monuments grecs. L'eau potable, dans toutes les civilisations, a été la plus politique des infrastructures. Contrôler l'eau, c'est contrôler la ville. C'est ce qu'Haussmann et son ingénieur Belgrand ont compris quand ils ont refait de fond en comble le réseau hydrologique parisien entre les années 1850 et 1870 — même si le projet leur a coûté d'innombrables querelles et la haine d'une partie de la population déplacée.
À Tokyo, dans la deuxième décennie du XX^e siècle, cette vieille vérité s'est répétée en miniature — et ses traces matérielles sont encore visibles, dans une rue résidentielle de Komazawa, derrière une clôture de béton.
La soif d'une ville qui n'était pas encore une ville
En 1917, l'administration de la commune de Shibuya — alors entité encore séparée de Tokyo, en pleine explosion démographique — confia au professeur Nakajima Eiji de l'Université impériale de Tokyo la conception d'un système moderne d'alimentation en eau. Les puits traditionnels ne suffisaient plus. La qualité de l'eau se dégradait. La population croissait plus vite que le sol ne pouvait l'absorber.
Nakajima conçut une solution qui, pour l'époque, relevait d'une ingénierie presque élégante. Plutôt que de creuser des tranchées dans les rues déjà saturées de la zone urbaine, il imagina un système gravitaire en quatre temps :
Temps un : Capter les eaux souterraines filtrées par le lit de la rivière Tama, dans la banlieue rurale de Kinuta — le même type de captage d'eau de rivière que les Romains avaient systématisé pour leurs aqueducs. Temps deux : Les conduire par des canalisations enterrées à travers un tunnel creusé sous les terrains d'un sanctuaire shinto — le Okamoto Hachiman —, évitant ainsi les zones habitées. Temps trois : Pomper l'eau jusqu'à deux tours de stockage construites à Komazawa, dont l'altitude naturelle était plus élevée que celle de Shibuya. Temps quatre : Laisser la gravité faire le reste — l'eau descendrait naturellement depuis Komazawa vers les robinets de Shibuya, sans pompage supplémentaire.
L'élégance tenait à la géographie. Komazawa, le village rural, possédait exactement le dénivelé nécessaire pour alimenter par gravité sa voisine urbaine. Une commune agricole devenait l'infrastructure invisible de l'expansion métropolitaine qui finirait par l'absorber.
Les travaux commencèrent en mai 1921. Le Grand Séisme du Kantō de septembre 1923 les interrompit sans les arrêter. Le système complet fut achevé en mars 1924. Le bâtiment de la station de pompage fut ajouté en 1933.
Une couronne pour l'eau
Les deux tours sont en béton armé et mesurent environ trente mètres de hauteur. Leurs sommets sont ornés de couronnes géométriques — un historicisme décoratif qui mêle des références Art Déco à l'éclectisme de l'ère Taishō — qui font ressembler ces réservoirs, vus depuis la rue, à des reliques d'architecture palatiale transplantées dans une banlieue agricole.
Le surnom populaire dit tout : « la couronne sur la colline ». Quelqu'un, en 1924, a décidé qu'une installation de stockage d'eau potable méritait également d'être regardée avec plaisir. Cette décision, cent ans plus tard, fait des tours l'un des objets architecturaux les plus étrangement mémorables du sud-ouest de Tokyo.
En 2012, la Société japonaise de génie civil a reconnu les tours et la station de pompage comme Patrimoine de génie civil — l'équivalent d'un classement monument historique industriel.
Les tours ne sont pas ouvertes au public pour des raisons de sécurité. Elles se voient parfaitement depuis le trottoir de la rue Tsurumaki, gratuitement, à toute heure. Certains soirs de l'année, les ornements sommitaux sont illuminés. Les voisins le mentionnent rarement. L'autorité métropolitaine de l'eau le signale dans une note de bas de page.
La géopolitique de l'eau de quartier
Il y a une paradoxe politique élégant dans l'histoire de ces tours : elles ont été construites sur le sol d'un village rural pour alimenter une ville voisine, franchissant sans cérémonie les frontières administratives entre deux communes distinctes. L'eau de Kinuta, stockée à Komazawa, bue à Shibuya.
C'est la logique du territoire qui sert le centre — si familière dans l'histoire de toutes les capitales. Haussmann avait fait pareil avec les forêts de Fontainebleau et de Compiègne, ou avec les carrières de la région parisienne : le territoire environnant comme ressource au service de la métropole. À Komazawa, cette logique s'est appliquée à l'échelle d'un quartier. Le détail change. Le mécanisme est invariant.
Ce que cela révèle : L'infrastructure est rarement neutre. Les décisions concernant l'emplacement d'un réservoir, le tracé d'un canal, la hauteur d'une tour de stockage sont toujours des décisions politiques déguisées en calculs d'ingénierie. Les tours de Komazawa en sont une illustration particulièrement lisible — et, accessoirement, particulièrement belle.

Le nom qui est mort et revenu : un toponyme avec une biographie politique
Patrick Modiano — prix Nobel de littérature en 2014, l'écrivain peut-être le plus parisien de sa génération — construit toute son œuvre sur une pratique d'archéologie urbaine : retrouver, dans les rues de Paris, des traces de personnes disparues, de vies effacées, d'adresses qui ont cessé d'exister. Dans Dora Bruder, il suit le fantôme d'une jeune fille juive dont le passé a été englouti par la guerre, en marchant les rues qu'elle a peut-être foulées, en lisant des annonces de journaux jaunis, en consultant des archives policières. Il appelle cela « essayer de reconstituer ce qui a été détruit ».
Komazawa, à sa manière modeste et non tragique, est un territoire Modiano : un endroit dont le nom même a été détruit, puis reconstitué.
La naissance, la mort et la résurrection d'un nom
Le 1^er octobre 1932, le gouvernement métropolitain de Tokyo absorba tous les municipes du comté d'Ebara — y compris la toute nouvelle commune de Komazawa, qui n'avait reçu son statut de bourg que sept ans plus tôt, en 1925. Le nom « Komazawa » fut rayé de la carte officielle. Le territoire fut redivisé en ses composantes villageoises d'origine : Kami-uma, Shimo-uma, Nozawa, Tsurumaki, Fukazawa, Shinmachi. Ce qui avait été assemblé par le pinceau d'un fonctionnaire en 1889 fut démonté par le décret d'un autre en 1932.
Pendant trente-cinq ans, le nom « Komazawa » n'exista plus officiellement. Il subsistait dans l'enseigne de l'université, dans la mémoire des résidents plus âgés, dans les panneaux de la gare de chemin de fer — car les lignes de train ont une inertie toponymique que les réformes municipales peinent à contrôler.
En 1967, une réforme nationale du système d'adresses rendit le nom au quartier. Le « Komazawa 1^er au 4^e arrondissement » actuel ne coïncide pas exactement avec les contours de l'ancienne commune de 1925 — il est plus petit, géographiquement recomposé — mais le nom est revenu.
Ce que cette biographie administrative nous apprend
Le cycle complet — inventé en 1889, prospère jusqu'en 1925, effacé en 1932, ressuscité en 1967 — est un cas d'école pour qui s'intéresse à la politique des noms de lieu.
Georges Perec, dans son projet Espèces d'espaces (1974), consacre un chapitre entier à la « rue » comme unité de base de l'expérience urbaine, et s'y demande : « Qu'est-ce qu'une rue ? » Sa réponse est toujours la même : une rue est une décision politique déguisée en évidence géographique. Le nom d'une rue, d'un quartier, d'une commune n'est jamais naturel ; il est toujours le produit d'un rapport de force, d'un moment historique, d'une intention administrative. Ce qui rend Komazawa remarquable, c'est que ce processus y est assez court — moins d'un siècle — pour qu'on puisse en retracer toutes les étapes.
Le voyageur qui descend aujourd'hui à la station Komazawa-daigaku de la ligne Tokyu Den-en-toshi foule, sans le savoir, la superposition de cinq décisions administratives successives : la fabrication du nom en 1889, l'élévation en commune en 1925, l'effacement en 1932, la survie dans le nom de l'université, la résurrection en 1967. Tout cela est contenu dans trois mots sur un panneau de métro.
Ce que cela révèle : Il y a quelque chose de vertigineux, et peut-être de rassurant, dans l'idée que les villes sont, au fond, des archives involontaires. Elles accumulent des décisions prises par des pouvoirs qui n'existent plus, pour des raisons que personne ne se souvient, en produisant des effets qui persistent longtemps après que l'intention originale s'est éteinte. Marcher dans Komazawa, c'est marcher dans plusieurs épaisseurs de décisions oubliées, dont certaines ont laissé des noms et d'autres ont laissé des tours.

Se promener à Komazawa : un itinéraire pour qui veut voir plus que le parc
De Certeau a écrit que marcher dans la ville, c'est « lire sans pouvoir déchiffrer » — saisir une signification sans en posséder le code. Voici, pour ceux qui voudraient essayer de déchiffrer, un parcours à pied dans Komazawa.
Commencez à la station Komazawa-daigaku, sur la ligne Den-en-toshi de Tokyu, à environ douze minutes de Shibuya en train local. Avant de sortir, lisez le nom de la station comme ce qu'il est : un document politique en quatre syllabes, avec cent trente ans d'histoire comprimés dedans.
Dirigez-vous vers le campus universitaire en remontant l'avenue Komazawa-dori vers le nord-ouest. Cherchez, sur la gauche du campus, un bâtiment à la façade de briques striées légèrement patinées par la pluie : la Kōunkaku, aujourd'hui Musée d'histoire de la culture zen. L'entrée est gratuite. La collection permanente comprend des documents du XIX^e siècle sur la vie étudiante dans le séminaire-monastère d'Azabu — une description fascinante de la façon dont on enseigne la philosophie dans un contexte de répression étatique. Comptez au moins une heure.
Continuez vers l'ouest jusqu'au Parc olympique de Komazawa. Entrez par l'accès qui fait face à l'intersection de Komazawa-dori et de la Voie circulaire n° 8. La Tour commémorative olympique est devant vous. Lisez la plaque lentement. Notez ce qu'elle dit. Notez surtout ce qu'elle ne dit pas.
Longez le périmètre ouest du parc jusqu'au Petit Parc ouest de Komazawa 1-chōme (駒沢1丁目西公園). Dans un angle du jardin, partiellement dissimulé par la végétation, une stèle de granit porte la mention : « Emplacement du terrain de golf de Komazawa ». C'est tout ce qui reste du premier terrain de golf japonais, du match entre deux princes héritiers et de la civilisation de l'ère Taishō qui l'avait produit.
Depuis le parc, marchez vers le nord-est jusqu'à la rue Tsurumaki. Vous atteindrez la clôture qui entoure la Station d'alimentation en eau de Komazawa (駒沢給水所). Les deux tours sont visibles depuis la rue, leurs couronnes géométriques découpées contre le ciel du sud-ouest de Tokyo. On ne peut pas entrer. Ce n'est pas nécessaire. Regardez-les de l'extérieur et pensez à l'ingénieur qui, en 1921, a décidé qu'un réservoir d'eau méritait aussi d'être beau.
Joyau caché : la résidence du magistrat de Setagaya (世田谷代官屋敷)
À vingt minutes à pied ou en bus depuis la station Komazawa-daigaku, la Résidence du magistrat de Setagaya est l'un des sites historiques les plus injustement méconnus de Tokyo. Le bâtiment principal date de 1737 et servit de maison et de bureau officiel à la famille Ōba, qui administra le territoire de Setagaya au nom du domaine de Hikone pendant toute la période Edo. C'est un Bien culturel important de niveau national. La cour de sable blanc où étaient rendus les jugements est intacte. Le musée municipal d'histoire locale attenant conserve les documents qui expliquent comment les villages qui devinrent plus tard Komazawa étaient gouvernés. Presque aucun touriste ne vient ici. L'entrée est gratuite.
Une réflexion finale : cinq histoires, une question
Il serait commode, et un peu faux, de conclure que les cinq couches historiques de Komazawa forment un récit cohérent. Ce serait imposer à la matière une lisibilité qu'elle ne possède pas spontanément. Elles forment plutôt ce que Braudel appelait une « structure » : non pas une histoire avec un début et une fin, mais une accumulation de temps longs — géographie, culture, institutions — qui encadrent et contraignent les événements, sans jamais les déterminer entièrement.
Ce que ces cinq histoires partagent, c'est une question. La même question, posée dans cinq registres différents : qui décide de ce que sera un lieu, et pour combien de temps ?
L'administration Meiji a décidé que six villages seraient un seul. Le bouddhisme Sōtō a décidé que ses formes extérieures changeraient pour que sa substance survive. L'armée impériale a décidé qu'un terrain de golf serait un stade olympique. Un ingénieur a décidé que deux tours de béton auraient des couronnes. La Métropole de Tokyo a décidé qu'un nom disparaîtrait, puis qu'il reviendrait.
Ces décisions sont la matière première de l'histoire urbaine. Elles sont aussi, généralement, invisibles : on les efface en construisant par-dessus, en rebaptisant, en commémorant seulement ce qu'on veut commémorer. Ce que Komazawa offre au voyageur attentif, c'est la rare possibilité de voir plusieurs de ces décisions simultanement — non pas résolues ni réconciliées, mais superposées, chacune portant l'empreinte de l'autre, dans ce sol ordinaire d'un quartier ordinaire de la plus grande ville du monde.
Proust avait raison : le temps perdu ne disparaît pas. Il se dépose, couche après couche, dans les lieux. Et les lieux, si on les écoute, le restituent. Non pas entièrement — rien n'est jamais entièrement restitué —, mais assez pour que la promenade dans une rue devienne, pour qui sait lire, une traversée du temps.
Si Komazawa vous a ouvert un appétit pour l'histoire urbaine de Tokyo, poursuivez avec notre [Guide historique pour parcourir Tokyo à pied] ou approfondissez avec [Setagaya : les villages effacés au cœur de la mégalopole]. Pour l'héritage architectural et social des Jeux de 1964, consultez [Les Jeux olympiques de 1964 et le paysage urbain de leur héritage].
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Informations pratiques
Comment s'y rendre
La station Komazawa-daigaku (駒沢大学駅) se trouve sur la ligne Den-en-toshi de Tokyu (東急田園都市線), à environ douze minutes de la station de Shibuya en train local. Aucune correspondance n'est nécessaire depuis le centre de Tokyo.
Les cartes IC rechargeables — Suica ou Pasmo — fonctionnent sur l'ensemble du réseau Tokyu et s'acquièrent dans n'importe quel distributeur du métro de Tokyo.
Depuis l'aéroport de Narita : Narita Express jusqu'à Shibuya, correspondance sur la ligne Tokyu Den-en-toshi (environ 75 à 90 minutes au total).
Depuis l'aéroport de Haneda : Ligne Keikyu jusqu'à Shibuya, correspondance (environ 35 à 40 minutes au total).
Où séjourner
Komazawa est un quartier résidentiel sans hôtels dans son cœur historique. Les deux meilleures bases sont :
Shibuya (12 minutes en train) : accès direct, large offre hôtelière de toutes gammes. Le Hotel Gracery Shibuya ou le Shibuya Excel Hotel Tokyu offrent un bon rapport qualité-prix et sont à deux pas de la ligne.
Sangenjaya (deux stations depuis Komazawa-daigaku sur la même ligne) : plus authentique, moins touristique, avec une vie de quartier réelle et quelques maisons de ville traditionnelles (machiya) reconverties en hébergements de caractère. Pour qui préfère vivre le quartier plutôt que la zone touristique, c'est le choix naturel.
Visites recommandées dans le secteur
Musée d'histoire de la culture zen / Kōunkaku — Campus de l'Université Komazawa. Entrée gratuite. Ouvert du mardi au samedi. Confirmer les horaires avant la visite.
Parc olympique de Komazawa — Ouvert tous les jours, accès libre. Le tour complet du périmètre, avec arrêts à la Tour commémorative, à la stèle du terrain de golf et aux équipements sportifs, demande entre 60 et 90 minutes à allure contemplative.
Tours d'eau de Komazawa (Komazawa Kyusuijo) — Visibles depuis la rue Tsurumaki, sans nécessité d'entrer dans l'enceinte. Certains soirs de l'année, les ornements sommitaux sont illuminés. Pour les dates et les horaires des événements ponctuels, consulter la page de l'Association pour la préservation du paysage de la tour d'eau de Komazawa (コマQ).
Résidence du magistrat de Setagaya — Bus ou marche de 20 minutes depuis la station Komazawa-daigaku. Entrée gratuite. La visite combinée avec le Musée d'histoire locale de Setagaya, dans le bâtiment attenant, est vivement recommandée.
Exploration du tracé de l'ancien canal de Shinagawa — Le canal d'irrigation de l'époque Edo qui traversait la zone sud de Komazawa fut comblé entre 1950 et 1952, mais sa trajectoire survit dans de légères anomalies du tracé viaire et dans des variations subtiles d'altitude dans les quartiers de Tsurumaki et Yoga. Aucune visite guidée organisée n'existe à ce jour ; la meilleure ressource disponible est l'étude cartographique du chercheur Watanabe Kazuji, en japonais, consultable dans les principales bibliothèques publiques de Tokyo.
Q & A
Quels sont les secrets architecturaux de l'ancienne bibliothèque Kōunkan ?
L'ancienne bibliothèque de l'Université de Komazawa, aujourd'hui connue sous le nom de Kōunkan, est un joyau architectural qui renferme plusieurs « secrets » liés à l'histoire du Japon et à l'influence de la philosophie Zen. Voici ses principales caractéristiques et secrets de conception :
1. Un héritage direct de Frank Lloyd Wright
Le secret de son élégance réside dans son concepteur, Eizō Sugawara (1892-1967). Sugawara était l'un des plus importants héritiers du style de Frank Lloyd Wright au Japon (le célèbre architecte de l'ancien hôtel impérial de Tokyo). Le bâtiment est ainsi un exemple représentatif de l'architecture de « style Wright » au Japon, caractérisé par une fusion unique entre les esthétiques occidentales et japonaises.
2. Le mariage d béton et de la géométrie
Bien que le bâtiment semble classique, il cache des innovations techniques et artistiques majeures pour son époque :
- Structure avant-gardiste : Construit à partir de 1925, il utilise une structure avancée en béton armé (RC). Ce choix n'était pas seulement esthétique mais stratégique, reflétant la foi du Japon dans la technologie moderne pour la reconstruction après le grand tremblement de terre de Kantō en 1923.
- Motifs géométriques secrets : Les murs du bâtiment sont ornés de décorations géométriques complexes. Ces motifs sont un « secret » partagé avec un autre lieu célèbre de Tokyo : ils sont extrêmement similaires à ceux de la salle de bière du premier étage du bâtiment Ginza Lion, également conçu par Sugawara.
3. Le concept de « Zen spatial »
L'architecture de Kōunkan n'est pas seulement décorative, elle est une extension physique de la philosophie de l'université. Les sources décrivent ce style comme une forme de « Zen spatial ».
- Équilibre et retenue : Le design incarne la confiance culturelle de l'ère Taishō, cherchant à embrasser la modernisation tout en conservant un sens de la retenue et de l'ordre propre à la tradition Zen.
- Symbole de résilience : En tant que l'une des rares structures universitaires à avoir relativement bien résisté au séisme de 1923, le nouveau bâtiment Kōunkan est devenu le symbole matériel de la reconstruction spirituelle et matérielle de Tokyo.
4. Un monument historique reconnu
Aujourd'hui, ce bâtiment n'est plus une simple bibliothèque, mais un bien culturel tangible enregistré au niveau national. Il sert désormais de Musée de la culture et de l'histoire Zen, où les visiteurs peuvent observer de près la robustesse de sa structure et la finesse de ses détails géométriques, témoins de l'intégration culturelle du Japon au début du XXe siècle.
Qu'est-ce que le style Wright et ses motifs géométriques ?
Le style Wright (ou style Frank Lloyd Wright), tel qu'il est incarné à l'Université de Komazawa, est une approche architecturale qui fusionne des éléments modernes occidentaux avec une esthétique japonaise traditionnelle. Ce style est principalement représenté par l'architecte Eizō Sugawara, considéré comme un héritier majeur de Frank Lloyd Wright au Japon.
Voici les caractéristiques principales de ce style et de ses motifs géométriques selon les sources :
- Fusion culturelle : Le style Wright se traduit par un mélange élégant entre les styles japonais et occidentaux, reflétant la confiance culturelle de l'ère Taishō.
- Décorations géométriques distinctives : L'une des signatures visuelles de ce style est la présence de motifs géométriques entourant les murs des bâtiments, comme on peut l'observer sur l'ancienne bibliothèque Kōunkan.
- Similitudes artistiques : Ces motifs géométriques secrets sont extrêmement proches de ceux utilisés par Sugawara pour la salle de bière du bâtiment Ginza Lion à Tokyo, soulignant une cohérence artistique dans l'application de ce style à l'époque.
- Symbolisme de l'ordre : Au-delà de l'aspect visuel, ces motifs et ce style architectural cherchent à exprimer un sentiment de retenue et d'ordre. Dans le contexte de Komazawa, cela représente une forme de « Zen spatial », alliant la discipline spirituelle à la modernité architecturale.
- Modernisation et résilience : L'utilisation de ce style était souvent couplée à des structures avancées en béton armé (RC), symbolisant la résilience nationale et la reconstruction matérielle du Japon après le grand tremblement de terre de Kantō en 1923.
Pour les visiteurs de l'université, ces motifs géométriques ne sont pas de simples ornements, mais constituent un document historique illustrant comment le Japon a exprimé son intégration culturelle à travers l'art architectural au début du XXe siècle.
Références et suite de la lecture
Sources primaires (archives et documents historiques officiels)
- 世田谷區公式ホームページ「玉川地域の地名の由來(駒沢・新町・桜新町・深沢)」(世田谷市役所)
- 世田谷デジタルミュージアム「世田谷代官屋敷」資料(世田谷區立郷土資料館蔵)
- 文化遺産オンライン「大場家住宅(東京都世田谷区世田谷)主屋」(文化廳)
- 目黒區公式ホームページ「駒場(こまば)」地名解說(目黒區教育委員会文化財保護担当)
- 歴史的行政区域データセットβ版「東京府荏原郡駒沢村 [13B0020004]」(国立情報学研究所)
- 品川デジタルアーカイブ「品川用水」(品川區立圖書館)
- 駒澤大學官方史頁「沿革」(https://www.komazawa-u.ac.jp/about/philosophy/history.html)
- 駒澤大學官方史頁「建学の理念」(同上)
- 禪文化歷史博物館「大學史展示室」常設展資料
- 特集展9「曹洞宗大学林の思い出」圖錄(2007年,駒澤大學禅文化歴史博物館)
- 禪文化歷史博物館「歴史的建造物耕雲館」解說頁
- 文化廳文化審議会「駒澤大学旧図書館」登録有形文化財答申記錄(2025年3月21日)
- 東京都スポーツ文化事業団「駒沢オリンピック公園総合運動場 歴史・沿革」官方頁面
- 東京ゴルフ倶楽部公式ホームページ「歴史」(https://www.tokyugolfclub.jp/history/)
- 東京都スポーツ文化事業団管理下公文書(要確認具体档案所蔵)
- 東京都水道局官方頁面「東京水道名所・駒沢給水所の配水塔」(東京都水道局廣報)
- 世田谷區公式ホームページ「駒沢給水塔」文化財解說(https://www.city.setagaya.lg.jp/02072/10230.html)
- 土木学会選奨土木遺産認定資料(公益社団法人土木学会)
- 東京都水道歷史館デジタルアーカイブ「旧隣接水道・駒沢給水所」所蔵記錄
- Wikipedia「駒沢町」條目(引用資料需一次核查)
- Wikipedia「駒沢」條目(引用資料需一次核查)
- 世田谷區公式ホームページ「地名の由來(駒沢・新町・桜新町・深沢)」
- 歴史的行政区域データセットβ版「東京府荏原郡駒沢村 [13B0020004]」(国立情報学研究所)
- 世田谷デジタルミュージアム「世田谷区の歴史略年表」
Documents de niveau 2 (travaux universitaires)
- 渡部一二(わたべかずじ)著,品川用水各區市段落調查報告(逐區刊行)
- 『日本歴史地名大系』「品川用水」條目(コトバンク収録)
- 荏原郡史(歴史的行政の詳細は要確認)
- 『駒澤大學百年史』(要確認出版詳情——進一步档案核查建議)
- 學藝員論文「曹洞宗大学の移転先はなぜ『駒沢』になったのか?—地域史から考える—」(駒澤大學禪文化歴史博物館學藝員,掲載誌要確認)
- 安丸良夫・宮地正人編『日本近代思想大系5 宗教と国家』(岩波書店,廃仏毀釈政策の基礎文獻)
- 『日本経済新聞』夕刊2019年2月2日「【今昔まち話】駒沢オリンピック公園(東京・世田谷)幻の『五輪』『10万人競技場』」(記事内有史料引用)
- 第42回NSRI都市・環境フォーラム「戦後都市計画を再考する:高山英華の生涯」(2011年,1964年会場計画に関連)
- 東京急行電鉄50年史(田園都市事業関連記述を含む)
- 建設コンサルタンツ協会『Consultant』第298号「目に見える水道施設『駒沢配水塔』」(土木遺産専門論考)
- 『東京都水道局史』(詳細な章節は要確認,東京都水道局刊行)
- Wikipedia「駒沢給水所」條目(含詳細施設史,資料出典は要確認)
- 東京急行電鉄50年史(田園都市事業・桜新町開発の詳細)
- 東京急行電鉄公式ホームページ「第1章第2節 田園都市事業と鉄道事業」(史料セクション)
- 住居表示制度史の関連研究(地名消滅・復活のメカニズムについては要文献調査)
Informations de niveau 3 (Contexte supplémentaire)
- 世田谷デジタルミュージアム「歷史略年表」
- 「彦根藩世田谷領の痕跡を訪ねて」(個人研究ブログ、埋木、2022年)
- コトバンク「駒澤大学」「曹洞宗大学」條目(出典は複数の百科事典)
- 三井住友トラスト不動産「このまちアーカイブス 三軒茶屋・二子玉川」第3回「駒沢オリンピック公園の歴史」
- JONAN MAGAZINE「ゴルフ、野球、東京五輪。スポーツの歴史を刻む『駒沢オリンピック公園』」(2022年)
- 上品倶楽部「駒沢給水所を訪ねて」(過去見学会参加者記錄)
- コマQ(駒沢給水塔風景資産保存会)官方頁面(https://koma-q.com/about/)
- 素浪人・サンダルニャーゴの日々「東京回想・昭和五年の自治体 荏原郡駒沢町」(詳細な行政区域分析)
- 三井住友トラスト不動産「このまちアーカイブス 世田谷区の歴史」
Notes historiques :
- 1938年「幻の五輪」的建設計劃詳情(含建築設計者、経費議定等)尚待日本オリンピック委員会歷史档案及当時的大蔵省・内務省文書的系統發掘,現有資料多為新聞轉述。
- 史学上の注意事項:駒澤地區江戶時代農村史(特に御鷹場指定の具体的年代と弦巻通水路)的一次档案記錄散布在東京都立公文書館、彦根藩関連史料,及世田谷區立郷土資料館的近世村落文書中,尚需系統性的一次文獻核實。
- 史学上的補充:中島鋭治博士的設計決策過程(尤其岡本隧道的選址理由)及震災期間的工程中斷詳情,尚待相關工程档案(可能存於東京帝国大学工学部史料或東京都水道局档案庫)的系統性調查。
- 史学上の注意事項:「駒沢町」の独立行政時代(1925—1932年)における議会・行政記錄の体系的な整理は現時点では不明。世田谷区立郷土资料馆所藏の近代行政文書の調査が推奨される。


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